Le hadith de la femme servante

Publié le 13 Juin 2009

bismilah  
 
salam  
 
 
Le hadith de la femme servante  
 
 
 
 
 
Le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - demanda qu'on la lui amène, et lui demanda : « Où est Allah ? »  
et elle répondit « Dans le ciel (Fi al-sama) » ; après quoi il demanda : « Qui suis-je ? »  
et elle dit : « Tu es le Messager d'Allah » ;  
et il dit : « Libérez la, car c'est une croyante »  
 
(Sahih Muslim, 5 vols. Le Caire, 1376/1956. Edition. Beyrouth : Dar al-Fikr, 1403/1983, 1.382: 538)  
 
 
 
L'Imam al-Nawawi dit de ce hadith :  
 
Ceci est l'un des « hadiths des attributs » à propos duquel les savants ont deux positions:  
 
- La première est d'avoir foi en ce hadith sans en discuter le sens, tout en sachant à propos d'Allah que :  
11.Il n'y a rien qui Lui ressemble. "... laysa kamithlihi chay-oun..." 
 
 
 
(Sourate 42 Achoura, v 11) et qu'Il transcende les attributs de n'importe laquelle de Ses créatures.  
 
 
- La seconde est de l'expliquer au sens figuré d'une façon appropriée, les savants qui soutiennent cette position avancent que le but du hadith était de tester la jeune esclave : était-elle une monothéiste qui affirme que le Créateur, Celui qui Dispose, Celui qui Fait, est Allah seul et que c'est Lui qui est invoqué quand une personne adresse sa demande (du'a) en se tournant vers le ciel - de la même façon que celui fait la prière (salat) se dirige vers la Kaaba, car le ciel est la qibla des suppliants comme la Kaaba est la qibla des prieurs - ou était-elle une adoratrice des idoles qu'ils plaçaient devant eux ? Ainsi, lorsqu'elle a dit « dans le ciel », il était clair qu'elle n'était pas une adoratrice des idoles. 
 
 
(Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi. 18 vols. Le Caire 1349/1930. Edition (18 vols. en 9). Beyrouth : Dar al-Fikr, 1401/1981, 5.24).  
 
 
 
Il est bon de noter que l'imam al-Nawawi ne mentionne absolument pas la compréhension littérale du hadith comme une position doctrinale acceptable.  
 
Ceci provoque la surprise aujourd'hui parmi certains musulmans, qui s'imaginent que ce qui est en jeu est le principe d'accepter un hadith unique rigoureusement authentique (sahih) comme preuve en dogme islamique ('aqida), car ce hadith est l'un de ces hadiths dit « unique », qu'on appelle en arabe ahad, « rapporté par une seule chaîne de transmission », par opposition au (hadith) mutawatir ou « rapporté par tant de chaînes de transmissions qu'il est impossible qu'il ait été inventé ».  
 
Pourtant ce n'est pas ce qui est en jeu, car les hadiths de ce type ne sont considérés acceptables par les savants traditionnels en 'aqida Islamique que s'ils remplissent une condition : que l'article de foi mentionné dans le hadith soit salimun min al-mu'arada, qu'il y ait « absence de preuves conflictuelles ». Cette condition n'est pas remplie par ce hadith particulier pour plusieurs raisons.  
 
 
Premièrement, l'histoire décrite dans le hadith nous est parvenue sous plusieurs autres versions bien authentifiées qui diffèrent largement de la version « où est Allah ? - Dans le ciel ».  
 
L'une d'entre elles est rapportée par Ibn Hibban dans son Sahih avec une chaîne de transmission bien authentifiée (hasan), dans laquelle le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - a demandé à la jeune esclave : « Qui est ton Seigneur ? » à quoi elle répondit : « Allah », puis il reprit : « Et qui suis-je ? » à quoi elle répondit : « Tu es le Messager d'Allah », après quoi il déclara : « Libérez-là car c'est une croyante ». (Al-Ihsan fi taqrib Sahih Ibn Hibban, 18 vols. Beyrouth : Muassasa al-Risala, 1408/1988, 1.419: 189).  
 
Dans une autre version, rapportée par Abd al-Razzaq avec une chaîne de transmission rigoureusement authentique (sahih), le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - lui a demandé : « Témoignes-tu qu'il n'y a pas d'autre divinité qu'Allah ? » et elle répondit que oui. Il lui demanda : « Témoignes-tu que je suis le messager d'Allah ? » et elle acquiesça une nouvelle fois. Il dit alors « Libérez-la ! » (Al-Musannaf, 11 vols. Beyrouth : al-Majlis al-Ilmi, 1390/1970, 9.175: 16814).  
 
Dans d'autres versions, la jeune esclave ne peut pas parler, mais juste pointer le ciel en guise de réponse.  
Ibn Hajar al-Asqalani a dit des différentes versions de ce hadith, qu' « il y a une grande contradiction dans les termes employés » (Talkhis al-habir, 4 vols. en 2. Le Caire : Maktaba al-Kulliyat al-Azhariyya, 1399/1979, 3.250).  
 
Quand un hadith a beaucoup de versions conflictuelles, il y a une forte probabilité qu'il n'ait été rapporté que par rapport à ce qu'un ou plusieurs des narrateurs en ont compris (riwaya bi al-ma'na), et donc l'une des versions n'est pas adéquate pour établir un point de 'aqida.  
 
 
Deuxièmement, cette dernière considération est particulièrement applicable au sujet en question car le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - a explicitement détaillé les piliers de la foi islamique (iman) dans un hadith rapporté dans le Sahih Muslim où il répond aux questions de l'ange Gabriel - paix sur lui -, et dit : "La foi (iman) est de croire en Allah, en Ses anges, Ses Livres, Ses Messagers, au Jour Dernier, et de croire en la destinée (qadar) qu'elle soit bonne ou mauvaise". (Sahih Muslim, 1.37) et il n'a pas mentionné quoi que ce soit à propos de la croyance qu'Allah - Exalté soit-Il - serait « dans le ciel ».  
 
Si cela avait été un test décisif pour déterminer la foi d'un musulman (comme pourrait le laisser entendre le hadith « dans le ciel »), il aurait été obligatoire que le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - le mentionne dans ce hadith-ci, car son but est de définir ce qu'est la foi (al-iman). 


Troisièmement, si l'on prend ce hadith comme signifiant qu'Allah - Exalté soit-Il - est littéralement « dans le ciel », cela entre en conflit avec d'autres hadiths également sahih qui ont à priori autant le droit d'être pris littéralement ; comme le hadith qudsi rapporté par al-Hakim dans lequel Allah - Exalté soit-Il - dit : "Je suis avec Mon serviteur qui M'invoque et ses lèvres bougent avec Moi".  (Al-Mustadrak ala al-Sahihayn. 4 vols. Hyderabad, 1334/1916. Edition (avec index vol. 5). Beyrouth : Dar al-Marifa, n.d., 1.496), un hadith qu'al-Hakim dit rigoureusement authentique (sahih), ce qu'al-Dhahabi a confirmé.   
 
Ou encore le hadith rapporté par al-Nasa'i, Abu Dawud, et Muslim, qui dit :  "Le moment où le serviteur est le plus proche de son Seigneur est lors de la prosternation".  (Sahih Muslim, 1.350: 482)  alors que si Allah - Exalté soit-Il - était littéralement « dans le ciel », le moment où le serviteur serait le plus proche de Lui serait quand il se tient debout.   
 
Ou encore le hadith rapporté par al-Bukhari dans son Sahih, dans lequel le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - interdit de cracher devant soi pendant la prière, parce que quand une personne prie « son Seigneur est devant lui »  (Sahih al-Bukhari, 1.112: 406).   
 
Pour finir, dans les hadith à propos du Mi'raj ou « Voyage Nocturne », l'ange Gabriel - paix sur lui - a fait visiter au Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - chacun des sept cieux (samawat), et il n'est mentionné qu'Allah - Exalté soit-Il - n'ait été dans aucun d'eux.   
 

 

Quatrièmement, l'interprétation littérale disant qu'Allah - Exalté soit-Il - serait « dans le ciel » entre en contradiction avec deux fondements de la 'aqida telle qu'elle a été établie par le Qur'an.   
Le premier est l'attribut d'Allah « mukhalafa li al-hawadith », ou  « non-ressemblance aux créatures en quelque façon que ce soit », comme Allah - Exalté soit-Il - le déclare dans la sourate al-Shura :  11.Il n'y a rien qui Lui ressemble. "... laysa kamithlihi chay-oun ..."
 
 
 
 
(Sourate 42, v 11) alors que s'Il était « dans le ciel » il y aurait d'innombrables choses qui Lui ressembleraient en termes d'altitude, de position, de direction, etc.   
 
Le second fondement que cela contredirait, comme mentionné plus haut, est l'attribut de « ghina » d'Allah - Exalté soit-Il -, ou « l'indépendance vis-à-vis de tout ce qui est créé », ce qu'Il affirme dans de nombreux versets du Qur'an.   
 
Il est impossible qu'Allah - Exalté soit-Il - soit une entité corporelle car les corps ont besoin d'espace et de temps, alors qu'Allah - Exalté soit-Il - n'a besoin d'absolument de rien.   
 
 
Cinquièmement, l'interprétation littérale de « dans le ciel » impliquerait que le ciel entourerait Allah - Exalté soit-Il - de tous côtés et donc qu'Allah - Exalté soit-Il - serait plus petit que lui, et que celui-ci serait plus grand qu'Allah - Exalté soit-Il - ce qui est, bien évidement, complètement aberrant.   

 

Pour ces raisons et d'autres, les savants Musulmans se sont vus obligés d'interpréter le précédent hadith et d'autres textes contenant des figures de style similaires au sens figuré, en conformité avec l'utilisation de la langue arabe. Considérons le verset coranique : 16.Etes-vous à l'abri que Celui qui est au ciel vous enfouisse dans la terre ?  Et voici qu'elle tremble ! 
a-amintoum man fi alssama-i an yakhsifa bikoumou al-arda fa-idha hiya tamourou  
 
 
 
 
(Sourate 67 Al Mulk, v 16)  pour lequel nous pouvons donner les exemples de tafsir ou « exégèse coranique » suivants :   
 
Al-Qurtubi : Les savants les plus exigeants soutiennent que [« dans le ciel »] signifie en fait : « Etes-vous à l'abri de Celui qui est au-dessus du ciel » - de la même façon qu'Allah dit : 2.Voyagez dans la terre.  
fasihou fi al-ardi ...
 
 
(Sourate 9 At Tawbah, v 2)  ce qui signifie voyagez sur la terre, pas au-dessus du ciel en terme de contact physique ou de spatialisation, mais en terme de pouvoir omnipotent et de contrôle sur lui.   

 

Une autre position est de dire que cela signifie : « Etes-vous à l'abri de celui [qui est] sur ('ala) le ciel » de la même façon que l'on dit,  « untel [règne] sur l'Iraq et sur le Hijaz », ce qui signifie qu'il en est le gouverneur et le commandant. (Al-Jami li ahkam al-Qur'an, 18.216).   

 

Al-Shirbini al-Khatib : Il y a différents aspects quant à l'interprétation de « Celui qui est dans le ciel », l'un d'eux est que cela signifierait : « Celui dont le royaume est dans le ciel », car c'est le lieu de résidence des anges, et c'est là que se trouvent Son Trône, Son Kursi et la Table Gardée ; et de là descendent Ses Décrets, Ses Livres, Ses commandements et Ses interdictions.   

 

Une seconde interprétation possible est que « Celui qui est dans le ciel » ommette la première partie d'une construction ascriptive (idafa), en d'autre termes : « Etes vous à l'abri du Créateur de ceux qui sont dans le ciel » ce qui signifierait les anges qui résident au ciel, car ils sont ceux à qui il est commandé de dispenser la Miséricorde ou la Vengeance Divine. (al-Siraj al-Munir. 4 vols. Bulaq 1285/1886. Edition. Beyrouth : Dar al-Marifa, n.d., 4.344).   
 
Fakhr al-Din al-Razi : « Celui qui est dans le ciel » pourrait faire référence à l'ange qui est chargé d'infliger les châtiments divins ; lequel est Gabriel ; les mots « vous enfouisse dans la terre » signifiant : « par le commandement d'Allah et avec Sa permission »  (Tafsir al-Fakhr al-Razi. 32 vols. Beyrouth 1401/1981. Edition (32 vols. en 16). Beyrouth : Dar al-Fikr, 1405/1985, 30.70).   
 
Abu Hayyan al-Nahwi : Ou le contexte de ces mots pourrait suivre les convictions de ceux à qui ils sont adressés [les mécréants], car ils sont anthropomorphistes. Donc la signification serait : « Etes-vous à l'abri de Celui que vous prétendez être dans le ciel - alors qu'Il est exalté au-dessus de tout lieu - ? »  (Tafsir al-nahr al-madd min al-Bahr al-muhit. 2 vols. en 3. Beyrouth : Dar al-Janan and Muassasa al-Kutub al-Thaqafiyya, 1407/1987, 2.1132).   

 

Qadi Iyad : Il n'y a pas de désaccord parmi les musulmans, du premier jusqu'au dernier - leurs savants de la jurisprudence, leurs savants du hadith, leurs savants en théologie, à la fois ceux capables d'un effort de déduction scientifique et ceux qui suivent la doctrine d'un autre, que les preuves scripturaires qui mentionnent qu'Allah serait « dans le ciel », comme Ses mots : « Etes-vous à l'abri que Celui qui est au ciel vous enfouisse en la terre » et d'autres, ne sont pas tels que leur sens littéral (dhahir) semble signifier, mais plutôt, tous les savants les interprètent autrement que dans leur sens apparent (Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi, 5.24).   


Rédigé par Oussoul

Publié dans #Aqida Tawhid - Foi Unicité

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bal 12/05/2016 01:39

Merci beaucoup que Dieu vous bénisse