Le sacrifice rituel de l'Aid Al Adhâ (1/2)

Publié le 6 Juillet 2009

   
   

 

Le sacrifice rituel de l'Aïd Al-Adhâ   
 
  tiré du site islamophile.org
 
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Question  
   
Quelle est l’origine de la prescription du sacrifice rituel de l’Aïd Al-Adhâ ? Est-ce une obligation ou bien une sunnah ? Quelles caractéristiques doivent être remplies par la bête offerte en sacrifice ? Est-il vrai que l’on peut offrir un coq en sacrifice ?  
 
 
 
Réponse de Sheikh `Atiyyah Saqr   
 
Définitions linguistique et juridique  
 
Le vocable ud-hiyah possède quatre variantes dans la langue arabe: ud-hiyah ou ud-hiyyah; id-hiyah ou id-hiyyah, dont le pluriel est adâhî ou adâhiyy; dahiyyah dont le pluriel est dahâyâ; ad-hâh dont le pluriel est ad-hâ, à l’instar de artâh et artâ. 
 
C’est cette variante qui a donné son nom au jour (de la fête) du sacrifice. Ce terme désigne la bête offerte en sacrifice car le rituel est accompli au lever du soleil (en arabe, duhâ).  An-Nawawî dit : « Le vocable ad-hâ est masculin dans le dialecte de Qays et féminin dans celui de Tamîm. » [1] 
 
Dans le jargon juridique, le vocable ud-hiyah désigne les chameaux, bovins, ovins et caprins sacrifiés le Jour du Sacrifice (Yawm An-Nahr) et pendant les jours du Tashrîq dans le dessein de se rapprocher de Dieu — Exalté soit-Il —. 
 
Toute bête immolée n’appartenant pas à l’une de ces trois catégories n’est pas une ud-hiyah. Toute bête immolée en dehors des jours susmentionnés n’est pas une ud-hiyah non plus, pas plus que celle immolée pour un autre dessein que celui de se rapprocher de Dieu.  
 
 
Rétrospective historique  
 
Faire des offrandes aux dieux est une pratique ancienne. Dieu — Exalté soit-Il — dit au sujet des deux enfants d’Adam, Abel et Caïn : « Récite-leur encore l’histoire des fils d’Adam, en vérité, lorsque tous deux offrirent une oblation : accueillie de la part de l’un d’eux, elle ne le fut pas de l’autre. » [2] 
 
Il dit également au sujet des Juifs : « À ceux qui disent : “Dieu a requis de nous pacte de ne croire à aucun envoyé tant qu’il ne nous produirait pas une offrande que dévorât le feu (céleste)” » [3] 
 
Les exégètes disent que : « La sœur jumelle de Caïn, prénommée Iqlîmyâ’, était belle tandis que la sœur jumelle d’Abel, qui se prénomait Liyûdhâ, ne l’était pas. Or, la loi d’Adam stipulait qu’une sœur née d’une grossesse devait épouser son frère né d’une autre grossesse. [4] Caïn envia alors Abel et voulut garder sa belle sœur jumelle pour lui. Les injonctions et remontrances de son père n’y firent rien. Ils décidèrent alors de faire une offrande ; Caïn offrit une botte de blé en épi tandis que Abel offrit un bélier. Dieu accepta l’offrande d’Abel. On rapporta que ce bélier fut élevé au paradis avant que Dieu ne l’envoie en substitution du sacrifice d’Ismaël — paix sur lui —. Récit rapporté par Sa`îd Ibn Jubayr et d’autres ; Seul Dieu en connaît l’authenticité. » [5]  
 
La production d’offrandes fut une pratique courante chez les Juifs pour reconnaître la véracité des prophètes, puis abrogée par Jésus le fils de Marie, conformément au rapport d’Al-Qurtubî [6].  
 
Les historiens disent que les oblations consistaient à offrir des animaux, puis cette pratique s’étendit au sacrifice d’êtres humains. Il se peut même que la vision d’Abraham qu’il sacrifiait son fils procède de cette pratique. Le Très-Haut dit : « Quand celui-ci eut l’âge d’aller avec son père, son père lui dit : “Mon fils, je me suis vu en songe en train de t’immoler. Qu’en penses-tu ?” Il dit : “Mon père, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras endurant si Dieu veut.” » jusqu’à ce qu’Il dise : « Nous le rachetâmes par un prestigieux sacrifice. » [7]  
 
De même, le sacrifice humain était connu chez les Arabes avant l’avènement de l’islam. On relate que `Abd Al-Muttalib fit vœu de sacrifier l’un de ses enfants, si Dieu lui en donnait dix. Le tirage au sort désigna son fils `Abd Allâh, le père du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, mais les Quraysh l’empêchèrent de le sacrifier de peur que cette pratique devienne une tradition. Cette affaire se dénoua par le sacrifice de cent chameaux à la place de l’enfant. Al-Hâkim rapporta selon Mu`âwiyah qu’un bédouin s’adressa au Messager — paix et bénédictions sur lui — lui disant :  « Ô fils des deux sacrifiés». Le Prophète sourit et ne s’en offusqua point. Les deux sacrifiés dont il est question sont Ismaël le fils d’Abraham et `Abd Allâh le fils de `Abd Al-Muttalib.  
 
Dans l’Égypte ancienne, certains notables sacrifiaient leurs épouses et leurs esclaves et l’on brisait les lances et les flèches près de leurs tombes, afin qu’ils aillent dans l’au-delà complètement purifiés sans armes ni courtisans. On enterrait avec eux des miniatures de leurs maisons, de leurs commerces, de leurs serviteurs et de leurs troupeaux. Puis les sacrifices humains disparurent cédant la place au sacrifice des animaux et de poupées faites en croûte de porc ; la pratique légendaire consistant à offrir une jeune vierge en sacrifice au Nil lors des crues est une sorte de sacrifice humain envers les divinités.  
 
Ce genre de pratique n’était pas confiné à l’Égypte, on le retrouve dans tous les bassins fluviaux : à Sumer, en Irak, en Chine et en Inde. Puis, au sixième siècle avant Jésus-Christ, Bouddha apparut en Inde et Confucius en Chine, en conséquence de quoi les sacrifices furent limités aux animaux. Les sacrifices humains ne disparurent pas totalement pour autant. À Rome, il y eut une procession humaine sanglante au cours de laquelle Rome sacrifia aux divinités le fleuron de sa jeunesse lorsque Hannibal envahit le Sud de l’Italie et ce, deux siècles et demi avant Jésus-Christ.  
 
De même, les Juifs offraient des sacrifices au Dieu « Yahvé » pour remercier et demander pardon lors d’un festival imposant tenu au Temple sous l’égide des prêtres ; le jour du Shabbat — le jour de repos — se tenait un festival spectaculaire à cette fin. Jusqu’au temps de la scission, le Judaïsme était une religion de peur et de terreur où les sacrifices humains avaient cours. Ainsi le Roi Âkhadh [8] sacrifia-t-il son fils à Dieu, puis les prêtres modifièrent le protocole du sacrifice autorisant l’être humain à sacrifier une partie de son corps, par le biais de la circoncision car cela suffisait à satisfaire la Divinité.  
 
Enfin, par la bénédiction des prêtres, les sacrifices évoluèrent vers l’offrande d’animaux et de végétaux. La Bible recèle de nombreux récits de sacrifices, comme celui d’Abel et Caïn, ou encore celui où le Roi Jephté offrit sa fille en sacrifice d’holocauste [9]. La crucifixion du Christ est pour les Chrétiens le sacrifice par excellence et est désignée symboliquement par l’offrande d’un agneau. Les Catholiques et les Orthodoxes utilisent l’ostie, les cierges et les statues en guise d’offrande.  
 
Dans l’Arabie anté-islamique, les bestiaux étaient sacrifiés à la Ka`bah et immolés au nom des dieux ; les murs de la Ka`bah étaient parfois badigeonnés du sang des sacrifices. On accrochait des guirlandes au cou des bêtes destinées au sacrifice afin de les distinguer :  « Ô les croyants ! Ne profanez ni les rites de Dieu, ni le mois sacré, ni les animaux de sacrifice, ni les guirlandes » [10]   
 
Selon une opinion, le terme sha`â’ir, qui est le pluriel de sha`îrah, désigne les chamelles offertes en sacrifice à la Ka`bah, tandis que le ish`âr désigne la pratique consistant à raser la bosse de l’animal jusqu’à ce qu’il saigne afin que l’on sache qu’il est destiné au sacrifice. Notons au passage que les païens accomplissaient les grand et petit pèlerinages et sacrifiaient des bêtes. Lorsque les musulmans voulurent s’emparer de ces bêtes au cours d’une campagne militaire, Dieu révéla le verset :  « Ô les croyants ! Ne profanez ni les rites de Dieu [...] ».  
 
Dans ce verset, les guirlandes (al-qalâ’id) désignent les choses que l’on accrochait à la bosse et au cou des chameaux pour indiquer qu’ils sont offerts à Dieu — Exalté soit-Il —. Il s’agit d’une tradition abrahamique qui perdura pendant l’ère de la jâhiliyyah [11] et que l’islam avalisa [12].  
 
 
Le sacrifice rituel dans l’islam  
 
Après cette introduction historique, nous affirmons que l’islam avalisa le principe de se rapprocher de Dieu par le sacrifice des animaux et le régula d’une manière très précise. La sagesse sous-jacente à ce rite possède deux dimensions.  
 
La première est historique et consiste à commémorer le sacrifice d’Abraham de son fils Ismaël — paix sur eux —. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — le souligna dans un hadith rapporté par Ahmad, Ibn Mâjah et At-Tirmidhî, selon Zayd Ibn Arqam :  « On interrogea le Prophète disant : “Ô Messager d’Allâh, que sont ces offrandes ?” Il répondit : “C’est la tradition de votre père Abraham.” On demanda : “Quelle est notre rétribution ?” Il répondit :  Pour chaque poil, vous recevez une bonne action.” On demanda : “Et (les animaux à) laine ?”  Il dit : “Pour chaque fibre de laine, vous recevez une bonne action.” » 
 
La seconde dimension est sociale et consiste à offrir de la nourriture et à contribuer au bien-être des pauvres à l’occasion de la fête ; à l’origine, il s’agissait de faire profiter les habitants de la Mecque et les visiteurs venus pour accomplir les rites du pèlerinage. Le Très-Haut dit :  «À chaque communauté Nous avons assigné un lieu rituel afin qu’ils invoquent le nom de Dieu sur la bête de troupeau qu’il leur a attribuée » [13] 
 
Il dit également :  « Lance parmi les hommes l’appel au pèlerinage : ils viendront à toi à pied ou sur quelque bête amaigrie, affluant de tout profond défilé § pour participer aux avantages qui leur ont été accordés et pour invoquer le nom de Dieu, en des jours bien déterminés, sur Notre attribution, sous la forme d’une bête de troupeau : Mangez-en et nourrissez-en le malheureux indigent » [14] 
 
Quant à ceux qui ne participent pas à la saison du pèlerinage, le sacrifice consiste pour eux — outre le fait de commémorer la tradition d’Abraham — à contribuer au bien-être des pauvres et à répandre la gaieté et la joie, sans oublier la rétribution divine escomptée pour cet acte.  
 
 
Preuves de l’institution du sacrifice en islam  
 
Le sacrifice est un rituel institué par l’islam, comme le démontrent les textes tirés du Coran, de la Sunnah et l’unanimité des savants à ce sujet. En ce qui concerne le Coran, le Très-Haut dit : « Nous t’avons certes, accordé l’Abondance. § Accomplis donc la prière pour ton Seigneur et sacrifie. § C’est certes celui qui te hait qui est sans postérité » [15]  et ce, conformément à l’avis qui affirme que cette sourate est médinoise car les prières des deux Aïds ont été instituées après l’hégire. Cette opinion est celle d’Al-Hasan, `Ikrimah, Mujâhid et Qatâdah. Ainsi Dieu ordonna à Son Messager de procéder au sacrifice après la prière, alors qu’avant cette injonction il sacrifiait d’abord puis priait, d’après le rapport de Anas [16].  
 
On dit aussi que cette sourate fut révélée à Al-Hudaybiyah, lorsqu’on empêcha le Prophète — paix et bénédictions sur lui — de se rendre en pèlerinage à la Mecque. Alors, Dieu lui ordonna d’accomplir la prière et de sacrifier les chameaux qu’il avait emmenés en guise d’offrande, puis de s’en aller. Telle est l’opinion de Sa`îd Ibn Jubayr.  
 
Enfin, si l’on adopte l’avis selon lequel cette sourate serait mecquoise, alors elle ne peut pas servir de preuve pour l’institution du sacrifice rituel, car le pèlerinage et le sacrifice rituel ne furent institués qu’après l’immigration depuis la Mecque (l’hégire). Et puis, quel rapport y a-t-il entre le fait que Dieu ait accordé Al-Kawthar (l’Abondance) — ce terme désigne l’apostolat, ou un fleuve magnifique dans le Paradis, ou encore le Bien en abondance — à son Messager et la prière et le sacrifice subséquent ?  
 
On dit que cette sourate fut révélée après que les polythéistes mecquois aient raillé le Prophète suite au décès de son fils et l’aient traité de abtar c’est-à-dire l’homme privé de descendance et de postérité. Dieu l’en consola disant qu’Il lui avait accordé un bien meilleur qu’une descendance, à savoir Al-Kawthar ; « ne sois donc pas affligé de leurs propos et voue ton culte et tes offrandes à Dieu exclusivement, et ne fais pas comme les polythéistes qui vouent leur culte et leurs offrandes aux divinités et aux idoles ».  
 
Autrement dit :  « Tiens-toi ô Muhammad à ton Message et à ton obéissance exclusive à Dieu. Quiconque te traite de sans postérité c’est celui-là même qui est coupé et privé de la Miséricorde de Dieu. » Cette opinion est la plus juste à mon avis. Muhammad Ibn Ka`b Al-Quradhî interpréta cette sourate disant :  « Il est des gens qui offrent des prières pour d’autres divinités que Dieu et sacrifient à d’autres divinités que Dieu. Quant à toi, Nous t’avons accordé l’Abondance ; que ta prière et tes sacrifices ne soient voués qu’à Dieu exclusivement. »  
 
Ibn Al-`Arabî dit :  « Je suis d’avis que ce passage signifie : “Adore ton Seigneur et sacrifie pour lui car ton œuvre ne doit être vouée qu’à Celui Qui t’a accordé l’Abondance.” Il est plus censé de penser que c’est l’ensemble de l’œuvre qui vaut ce Bien Abondant que Dieu t’a accordé, ou encore ce fleuve dont la boue est faite de musc et dont les cruches sont aussi nombreuses que les étoiles du ciel. Mais penser que cela soit la rétribution de la prière de l’aïd et du sacrifice d’un bouc, d’une vache ou d’une chamelle, voilà une rétribution invraisemblable eu égard à la mesure existant entre l’œuvre et sa rétribution. [17]  
 
On en retient que le recours à cette sourate comme preuve de l’institution du sacrifice rituel n’est pas solide.  
 
Les preuves tirées de la Sunnah proviennent du hadith rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Anas :  « Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — sacrifia deux boucs quasiment blancs (amlahayn) et cornus. Il les sacrifia de sa propre main et prononça le Nom de Dieu et dit “Allâhu Akbar”, et mit son pied sur leur flanc. » [18]   
 
L’épithète amlah désigne la chose qui est plus blanche que noire. On dit aussi que cela désigne la chose qui est d’un blanc très pur. [...] Des preuves supplémentaires sont tirées des hadiths relatant les mérites du sacrifice et la meilleure heure pour l’accomplir.  
 
De plus, les savants sont unanimes sur l’institution de ce rituel.  
http://www.islamophile.org/spip/Le-sacrifice-rituel-de-l-Aid-Al.html

Rédigé par Oussoul

Publié dans #Dourouss - Leçon

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