Le sacrifice rituel de l'Aid Al Adhâ (2/2)

Publié le 6 Juillet 2009

Le sacrifice rituel de l'Aid Al Adhâ
2ème partie
Sans titre-1
Le statut juridique du sacrifice  
 
Ayant apporté la preuve que le sacrifice rituel est une institution islamique, et que ce n’est nullement une pratique interdite, on peut s’interroger sur le statut juridique de ce rituel : est-il obligatoire ou recommandé ? Rappelons en effet que les obligations appellent une rétribution pour celui qui les accomplit et un châtiment pour celui qui s’en abstient, tandis que les choses recommandées appellent une rétribution pour celui qui les accomplit mais n’engagent pas de châtiment pour celui qui s’en abstient.  
 
La majorité des savants est d’avis qu’il s’agit d’une sunnah non obligatoire. Dans son commentaire de Sahîh Muslim [19], An-Nawawî dit :  « Les savants divergèrent sur le caractère obligatoire du sacrifice pour le riche. La majorité dit qu’il s’agit d’une sunnah pour lui ; s’il s’en abstient sans raison, il ne commet point de péché et il n’est pas tenu de le rattraper. Telle était l’opinion d’Abû Bakr As-Siddîq, de `Umar Ibn Al-Khattâb, de Bilâl, de Abû Mas`ûd Al-Badrî, de Sa`îd Ibn Al-Musayyib, de `Alqamah, d’Al-Aswad, de `Atâ’, de Mâlik, de Ahmad, de Abû Yûsuf, de Ishâq, de Abû Thawr, d’Al-Muzanî, d’Ibn Al-Mundhir, de Dâwûd et d’autres.  
 
Tandis que Rabî`ah, Al-Awzâ`î, Abû Hanîfah et Al-Layth dirent que c’est une obligation pour le riche, opinion partagée par certains malékites. An-Nakha`î dit : “(Le sacrifice) est obligatoire pour le riche sauf celui qui est en pèlerinage à Minâ.” Muhammad Ibn Al-Hasan dit : “C’est obligatoire pour les sédentaires (ceux qui ne sont pas en voyage).” L’opinion notoirement connue d’Abû Hanîfah stipule que le sacrifice est obligatoire (wâjib) pour le sédentaire qui possède la quotité (an-nisâb). Et Dieu est le plus savant. »  
 
Ceux qui le tiennent pour une obligation s’appuient sur le verset :  « Accomplis donc la prière pour ton Seigneur et sacrifie. » [20] affirmant que l’impératif signifie l’obligation. On répondit à ceux-là que le verset ne concerne pas le sacrifice rituel (al-ud-hiyah), comme nous l’avons précisé précédemment, et qu’il englobe tout culte qui ne doit être voué qu’à Dieu exclusivement.  
 
Parmi les preuves avancées par ceux qui le tiennent pour une sunnah, il y a le hadith rapporté par Ahmad, Abû Dâwûd et At-Tirmidhî, d’après Jâbir : « J’accomplis la prière de la fête d’Al-Adhâ avec le Messager d’Allâh — paix et bénédictions sur lui —. Quand il en eut fini, il amena un bouc, le sacrifia et dit : “Bismillâh (Au Nom de Dieu) Allâhu Akbar. Ô Allâh, ceci est de ma part et de la part des membres de ma communauté qui n’ont pas sacrifié.” » ; et le hadîth narré par Ahmad et Al-Bazzâr selon une bonne chaîne de garants, d’après Abû Râfi` : « Lors de la fête d’Al-Adhâ, le Messager d’Allâh — paix et bénédictions sur lui — achetait deux gros boucs cornus et majoritairement blancs. Après qu’il eut prié et prêché, il amenait l’un des deux boucs sur son lieu de prière et l’immolait lui-même avec un couteau, disant : “Ô Allâh, ceci est de la part de ma communauté toute entière, de la part de toute personne (de ma communauté) ayant témoigné de Ton Unicité et témoigné que j’ai transmis (le Message).” Puis, on lui apportait le second bouc qu’il immolait lui-même disant : “Ceci est de la part de Muhammad et de la famille de Muhammad.” Ensuite, il distribuait leur viande aux pauvres et en mangeait lui et sa famille. De nombreuses années passèrent sans que nous ayions vu un homme des Banû Hâshim offrir de sacrifice, car Allâh, par le geste de Son Messager, les avait exemptés — paix et bénédictions sur lui — et dispensés de cette dépense. »  
 
Une autre preuve du fait qu’il s’agit d’une sunnah et non d’une obligation réside dans le hadith rapporté par Ahmad, d’après Ibn `Abbâs, et attribué au Prophète : « Je fus ordonné d’accomplir les deux rak`ahs de la prière d’ad-duhâ mais pas vous, et je fus ordonné d’offrir le sacrifice mais pas vous. » Ce hadith fut également rapporté par Al-Bazzâr, Ibn `Adiyy et Al-Hâkim d’après Ibn `Abbâs avec cet énoncé : « Trois choses sont obligatoires pour moi et facultatives pour vous : le sacrifice, (la prière) d’al-watr et les deux rak`ahs d’ad-duhâ. » Cependant, ce hadith est jugé faible.  
 
La majorité répondit au hadith avancé par les tenants de l’obligation, à savoir le hadîth rapporté par Ahmad et Ibn Mâjah, selon Abû Hurayrah, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit :  « Quiconque est aisé et n’offre pas de sacrifice, qu’il n’approche pas notre lieu de prière. », que ce hadith n’exprime pas explicitement l’obligation — comme cela est précisé dans le Fath —, au même titre que les hadiths que nous citerons plus bas et qui indiquent le temps imparti pour le sacrifice et que toute personne ayant sacrifié avant cet intervalle de temps n’a plus qu’à recommencer.  
 
 
Qui offre le sacrifice ?  
 
Le sacrifice rituel est une sunnah confirmée soumise à la suffisance familiale lorsque plusieurs personnes habitent le même foyer c’est-à-dire que, si l’un d’entre eux offre le sacrifice, cela exempte les autres. Lorsqu’une personne habite seule, le sacrifice devient une sunnah d’ordre individuel (sunnat `ayn). Il faut néanmoins que l’offrande soit excédentaire par rapport aux besoins de l’individu pendant le jour et la nuit en cours, et à ses besoins vestimentaires pour la saison en cours, à l’instar de l’aumône volontaire.  
 
Il faut également qu’elle soit excédentaire par rapport à ses besoins pendant le jour de l’aïd et les trois jours du Tashrîq car ces jours correspondent au temps imparti pour le sacrifice, tout comme le jour et la nuit de l’aïd correspondent au temps imparti pour l’aumône de la rupture du jeûne. Cependant, le sacrifice rituel est meilleur que l’aumône volontaire eu égard à la divergence qui existe sur son statut d’obligation. Ash-Shâfi`î dit :  « Je n’autorise pas celui qui en a les moyens d’y déroger. » Ainsi est-il détestable pour le riche d’y déroger, comme nous le détaillerons plus avant.  
 
Par ailleurs, le sacrifice peut devenir obligatoire lorsqu’il correspond à un vœu (nadhr) en vertu du hadith selon lequel :  « Quiconque fait vœu d’obéir à Dieu qu’il Lui obéisse. » [21] et en vertu de la Parole du Très-Haut :  « qu’ils s’acquittent de leurs vœux » [22]. Même si celui qui prend l’engagement vient à mourir, il est possible de le remplacer dans l’exécution du vœu qu’il a formulé avant son décès. Selon Mâlik, si l’on achète une bête avec l’intention de l’offrir en sacrifice, cela devient une obligation.  
 
 
Le mérite du sacrifice  
 
De nombreux hadiths consacrent le mérite du sacrifice. Par exemple, At-Tirmidhî rapporta selon `Â’ishah que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit :  « Il n’y a pas une œuvre plus agréable auprès de Dieu que l’homme puisse accomplir le jour du sacrifice que de faire couler le sang. La bête sacrifiée est amenée le jour de la résurrection avec ses cornes, ses poils et ses sabots ; son sang atteint une place élevée auprès de Dieu avant même qu’il ne touche le sol. Réjouissez-vous en ! »  
 
On peut également rappeler le hadith précité rapporté par Zayd Ibn Arqam concernant la sagesse liée au sacrifice. On peut aussi citer le hadith rapporté par Ahmad et Ibn Mâjah selon lequel « Quiconque est aisé et n’offre pas de sacrifice, qu’il n’approche pas notre lieu de prière. »  
  
Le Hâfidh dit dans Bulûgh Al-Marâm : « Les autres Imâms penchent pour le waqf du hadith » , c’est-à-dire qu’il n’est pas attribué au Prophète — paix et bénédictions sur lui — . Il dit dans le Fath : « Ses narrateurs sont fiables mais on divergea sur son attribution ou non (au Prophète). Son waqf (attribution au narrateur) est vraisemblablement l’opinion correcte. » Il y a également le hadith attribué au Prophète, rapporté par Ad-Dâraqutnî selon Ibn `Abbâs : « L’argent n’est dépensé dans rien qui soit meilleur qu’une bête de sacrifice en un jour d’aïd. »   
 
Quant au hadith rapporté par Al-Hâkim, selon lequel le Prophète — paix et bénédictions sur lui — aurait dit à Fâtimah — que Dieu l’agrée — : « Lève-toi pour assister à ton sacrifice car avec la première goutte de son sang tes péchés antérieurs seront pardonnés », ce hadith est rejeté (munkar), tout comme le hadith rapporté par At-Tabarânî : «Quiconque sacrifie de bon gré espérant la rétribution divine par son offrande, celle-ci sera pour lui une protection contre le Feu » car sa chaîne de narrateurs comporte un menteur.  
 
 
Quand sacrifier ?  
 
Le temps légal du sacrifice fait l’objet de plusieurs textes dont celui rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Jundub : « Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — accomplit la prière le jour du sacrifice puis immola et dit : “Quiconque immole avant de prier, qu’il immole une autre bête en remplacement. Que celui qui n’a pas immolé immole au nom d’Allâh.” » et le hadith qu’ils rapportèrent, d’après Al-Barâ’ Ibn `Âzib dont l’oncle Abû Baradah avait sacrifié avant la prière, geste que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — commenta disant :  « Quiconque immole avant la prière, il aura immolé pour lui-même et quiconque immole après la prière aura accompli le rituel et respecté la tradition des musulmans. »  
  
Dans une autre narration rapportée par Muslim selon Al-Barâ’ Ibn `Âzib : « En ce jour-ci, nous commençons par prier, puis nous nous en retournons et sacrifions. Quiconque procède de cette manière aura respecté notre tradition. Quiconque immole en premier aura offert de la viande à sa famille sans aucun rapport avec le rituel. »  
 
Dans son commentaire de Sahîh Muslim [23],  An-Nawawî dit : « En ce qui concerne l’heure du sacrifice, il convient que l’on sacrifie après la prière avec l’imam, auquel cas le rite est dûment accompli, à l’unanimité. Ibn Al-Mundhir dit : “Les savants sont unanimes que le sacrifice n’est pas permis avant l’aube du jour du sacrifice.” À partir de cette heure, une divergence les sépare. Ash-Shâfi`î, Dâwûd, Ibn Al-Mundhir et d’autres disent : “Son heure arrive après le lever du soleil avec une marge suffisante pour accomplir la prière de l’aïd et deux sermons. Si (l’individu) sacrifie après avoir attendu ce laps de temps, le rite est dûment accompli, que l’imam ait prié ou non, que l’individu ait accompli la prière d’Ad-Duhâ ou pas, fût-il un résident des villes, des campagnes, des déserts ou un voyageur, et indépendamment du fait que l’imam ait sacrifié ou non.” `Atâ’ et Abû Hanîfah estiment pour leur part que : “Pour les habitants de la campagne et des déserts, l’heure du sacrifice correspond à la seconde aube — dite véridique —, tandis que les habitants des villes doivent attendre que l’imam ait prié et prêché. Si l’individu sacrifie avant cela, il n’en est pas quitte.” Mâlik dit : “Le sacrifice n’est pas permis avant que l’imam ait prié, prêché et sacrifié.” Ahmad dit : “Il n’est point permis de sacrifier avant la prière de l’imam ; cela est permis après la prière de l’imam et (le cas échéant) avant que ce dernier ait lui-même sacrifié” et ce, sans distinction entre les habitants des villes et des campagnes. Un avis similaire fut rapporté de la part d’Al-Hasan, d’Al-Awzâ`î et de Ishâq Ibn Râhweih. Ath-Thawrî dit : “Cela n’est pas permis après la prière de l’imam, avant ou pendant le prêche.” Rabî`ah dit concernant l’individu qui n’a pas d’imam : “S’il sacrifie avant le lever du soleil, il n’en est pas quitte ; après le lever, il en est quitte.” » De ce qui précède, on retient que ceux qui immolent le jour de `Arafah ou la veille de l’aïd au soir n’accomplissent pas le sacrifice rituel de l’aïd.  
 
 
La fin du temps imparti pour le sacrifice est large.  
 
Ash-Shâfi`î dit : « Il est permis de sacrifier le jour du sacrifice et pendant les trois jours du Tashrîq qui le suivent. » Cet avis est celui de `Alî Ibn Abî Tâlib, Jubayr Ibn Mut`im, Ibn `Abbâs, `Atâ’, Al-Hasan Al-Basrî, `Umar Ibn `Abd Al-`Azîz, Sulaymân Ibn Mûsâ Al-Asadî le savant de la Syrie, Makhûl, Dâwûd At-Tâhirî et d’autres. Abû Hanîfah et Ahmad dirent : « Le sacrifice se limite au jour du sacrifice et aux deux jours suivants. »  
 
On rapporta cette opinion de la part de `Umar Ibn Al-Khattâb, `Alî, Ibn `Umar et Anas — que Dieu les agrée —. Sa`îd Ibn Jubayr dit : « Le sacrifice est permis pour les habitants de la ville le jour du sacrifice spécifiquement et pour les habitants des campagnes le jour du sacrifice et les jours du Tashrîq. »  
 
Muhammad Ibn Sîrîn dit :  « Cela n’est permis pour personne sauf le jour du sacrifice. » Par ailleurs, Al-Qâdî rapporta de la part de certains savants que le sacrifice est permis pendant tout le mois de Dhû Al-Hijjah. Cependant, les savants divergèrent sur le moment idéal pour le sacrifice pendant cet intervalle de temps.  
 
Ash-Shâfi`î dit : « Le sacrifice est permis pendant la nuit, tout en étant détestable. » Cette opinion fut partagée par Abû Hanîfah, Ahmad, Ishâq, Abû Thawr et la majorité des juristes. L’avis notoire de Mâlik et de ses compagnons et une variante selon Ahmad stipule que : « L’immolation nocturne n’acquitte pas son auteur du sacrifice rituel ; la viande de la bête immolée n’est qu’une viande comme les autres. »  
 
De ce qui précède, on retient que le début de la période impartie pour le sacrifice est déterminé par des hadiths bien établis, avec une part de divergence sur l’interprétation de certains d’entre eux. En revanche, la détermination de la fin de cette période est purement basée sur l’ijtihâd, bien qu’il soit censé que cette période couvre le jour de l’aïd et se poursuit pendant les trois jours du Tashrîq car ce sont les jours où les gens mangent, boivent et fêtent l’aïd, à l’instar de ceux qui passent la nuit à Minâ et immolent les bêtes de sacrifice.  
 
Quant au hadith attribué au Prophète, selon Jubayr Ibn Mut`im stipulant que : « Tous les jours du Tashrîq sont (des jours de) sacrifice », ce hadith rapporté par Ahmad et Ad-Dâraqutnî est faible, voire controuvé d’après certains. De même, les opinions concernant le sacrifice de jour ou de nuit ne s’appuient sur aucune preuve fiable ; le récit rapporté par At-Tabarânî interdisant le sacrifice pendant la nuit présente un narrateur délaissé dans sa chaîne de garants, ou bien il est mursal [24].  
 
Enfin, nous avons mentionné précédemment la divergence qui existe quant au statut juridique du sacrifice entre obligation et recommandation, et ce, pour les gens qui ont la capacité financière de s’en acquitter. On rapporta dans l’encyclopédie intitulée Le fiqh selon les quatre écoles (Al-Fiqh `Alâ Al-Madhâhib Al-Arba`ah) que :  
 
— Les Hanafites estiment que la personne capable financièrement est celle qui possède 200 dirhams ou possède un bien d’une valeur équivalente à cette somme sous réserve qu’elle ait de quoi subvenir à ses besoins en logement, en vêtement et en entretien. L’individu est tenu d’offrir un sacrifice s’il possède un bien immobilier qui lui rapporte un revenu suffisant pour ses besoins pendant un an et à condition qu’il ait en sa possession la quotité susmentionnée. On dit aussi qu’il est tenu de sacrifier si le bien lui rapporte la somme nécessaire pour subvenir à ses besoins pendant un mois. Si le bien en question est un bien de mainmorte, il doit offrir un sacrifice si le bien lui rapporte la valeur de la quotité au moment du sacrifice.  
 
— Pour les Hanbalites, la personne capable est celle qui peut payer le prix de la bête à sacrifier, quitte à emprunter l’argent si elle est sure de pouvoir rembourser.  
 
— Pour les Malékites, la personne capable est celle qui n’a pas besoin du prix de la bête pour un besoin important pendant l’année en cours. En présence d’un tel besoin, il n’est pas sunnah d’offrir un sacrifice, et s’il peut emprunter qu’il le fasse ; mais certains s’opposèrent à l’emprunt.  
 
— Pour les Shaféites, la personne capable est celle qui possède le prix de la bête en plus de l’argent nécessaire pour subvenir à ses besoins et aux besoins des personnes à sa charge pendant le jour de l’aïd et les jours du Tashrîq. Rentrent dans l’évaluation des besoins les choses coutumières comme les gâteaux, les tartes etc. [25]  
 
 
Quoi sacrifier ?  
 
Les animaux elligibles au sacrifice sont les chamélidés, les bovins, les ovins et les caprins. Dans son commentaire de Sahîh Muslim [26], An-Nawawî dit : Les savants sont unanimement d’accord sur le fait que le sacrifice ne peut être accompli que moyennant un chameau, un bovin, un ovin ou un caprin, exception faite de l’avis rapporté par Ibn Al-Mundhir selon Al-Hasan Sâlih, selon qui il serait valide de sacrifier une vache sauvage de la part de sept personnes, ou une gazelle de la part d’une personne. Dâwûd adopta un avis similaire concernant les vaches sauvages.  
 
En dehors de cela, aucun autre animal ne peut servir de sacrifice. On ne peut pas non plus acheter de la viande et la donner en guise de sacrifice, ni utiliser à cette fin des animaux congelés ou de la viande en conserve, leur immolation étant intervenue avant l’échéance du sacrifice et parce que ces animaux n’appartiennent pas au moment de l’immolation à l’acheteur qui les offrirait en sacrifice. Fait également exception l’avis rapporté de la part de Bilâl qui dit : "Peu m’importe de ne sacrifier qu’un coq, et si je le donnais à un orphelin démuni, cela me serait plus agréable." Ces avis reflètent l’avis de certains qui préféraient que l’on fasse don du prix de la bête sacrifiée plutôt que de l’immoler. Telle fut l’opinion d’Ash-Sha`bî, de Mâlik et de Abû Thawr. [27]  
 
L’opinion la plus juste est celle qui considère que l’accomplissement du sacrifice est plus méritoire que le versement de sa valeur en aumône, car il s’agit d’une sunnah confirmée dont le mérite est mentionné dans les textes.  
 
De même, les récits rapportant que certains Compagnons ou pieux prédécesseurs (salaf) achetaient de la viande et l’offraient en sacrifice ne signifie pas que la viande suffit à récolter la rétribution liée au sacrifice ni qu’elle puisse le remplacer au titre de l’obligation. Cette pratique visait simplement à faire savoir que le sacrifice n’est pas une obligation ferme, mais qu’il s’agit plutôt d’une sunnah facultative. `Ikrimah dit : « Le jour d’Al-Adhâ, Ibn `Abbâs m’envoyait avec deux dirhams quérir de la viande et me donnait pour consigne : "Quiconque te croise dis lui : "Voici le sacrifice d’Ibn `Abbâs." " »  
 
D’après Tafsîr Al-Qurtubî [28], les récits rapportés à cet effet selon Ibn `Abbâs, Abû Bakr et `Umar indiquent la pratique intermittente du sacrifice, pour éviter que le commun des gens le prennent pour une obligation prescrite. Ces Compagnons étaient des guides à suivre par tout musulman soucieux de respecter sa religion parmi les générations suivantes, car ils constituent le maillon reliant le Prophète — paix et bénédictions sur lui — à sa oummah. Par conséquent, il leur était permis de leur temps de prendre des initiatives en matière d’ijtihâd, comme il ne serait point permis à quiconque aujourd’hui.  
 
Ceci dit, quels sont les critères d’âge, de forme et de quantité que l’on doit veiller à respecter lors du sacrifice des chameaux, des bovins, des ovins ou des caprins ? Plusieurs hadiths furent relatés concernant l’âge et les caractéristiques affectant l’acceptabilité de la bête de sacrifice, comme le hadith rapporté par Muslim et d’autres stipulant : « Ne sacrifiez qu’une bête âgée de deux ans et plus (musinnah), sauf si vous n’avez pas les moyens, auquel cas sacrifiez un mouton âgé d’un an (jadh`) » ou le hadith de Muslim stipulant que la chèvre âgée d’un an n’est pas un sacrifice valable.  
 
Il y a aussi le hadîth rapporté par Ahmad et par les auteurs des Sunan interdisant le sacrifice des bêtes ayant perdu une moitié de corne ou d’oreille, ou celles manifestement borgnes ou clairement malades, ou les bêtes boiteuses ou chétives, ou celles ayant l’oreille coupée en grande partie par devant, sur le côté, ou fendue dans le sens de la longueur ou percée, ainsi que le hadith rapporté par Ahmad et Abû Dâwûd interdisant le sacrifice de la bête amputée totalement de l’oreille (musfarrah), ou de la corne (musta’salah), ou la bête aveugle (bakhqâ’) ou poussive (mushayya`ah).  
 
Concernant le sens de ces termes, on dit qu’une bête est dite musinnah s’agissant des chameaux, des bovins, des ovins et des caprins, lorsqu’elle a deux ans passés ou plus. Un mouton est dit jadh` lorsqu’il a un an passé. Telle est la signification retenue pour ces termes par les linguistes et la majorité des savants appartenant à d’autres disciplines. On dit aussi que jadh` désigne aussi l’animal ayant six, sept, huit ou dix mois. Une chèvre de cet âge ne constitue pas un sacrifice valable selon la majorité des savants, contrairement à l’avis de `Atâ, Al-Awzâ`î et à une variante chez les Shâféites d’après le rapport d’Ar-Râfi`î.  
 
An-Nawawî commenta que cette variante est marginale voire erronée. Par ailleurs, l’expression a`dab al-qarn ou a`dab al-udhun désigne l’animal ayant perdu la moitié de sa corne ou la moitié de son oreille respectivement. Abû Hanîfah, Ash-Shâfi`î et la majorité des savants estimèrent qu’il est permis absolument de sacrifier les bêtes ayant la corne cassée. Mâlik jugea cela détestable si la bête saigne de la corne et tint cela pour un défaut. Enfin, Ahmad rapporta un hadith autorisant le sacrifice des animaux castrés. [...]  
 
À lire les opinions des juristes, il me semble que ces défauts affectent la qualité de la viande, si la bête destinée au sacrifice est désignée longtemps à l’avance. Car ces défauts l’empêchent de paître et de croître comme les animaux qui en sont exempts. L’irrecevabilité d’une bête ayant ce genre de défaut se manifeste lorsqu’elle est vouée (mandhûrah) car elle doit avoir une bonne chair. Mais lorsqu’un défaut de dernière minute affecte une bête destinée au sacrifice ayant une bonne chair et une bonne forme, pourquoi cesserait-elle d’être recevable ?  
 
C’est pourquoi je relève d’étranges contradictions dans les opinions des juristes concernant ces défauts, car quel mal y a-t-il à accepter la bête ayant l’oreille coupée ou fendue, alors que cela est sans aucun effet sur la viande, quand bien même la bête ferait l’objet d’un vœu et qu’elle reste longtemps avant d’être sacrifiée ? Que penser du refus des Malékites de sacrifier la bête muette ? Quel rapport y a-t-il entre sa voix et la qualité de la viande ? Que penser du refus des Shâféites de la bête devenue boiteuse pendant qu’elle est immolée, même si ses veines et œsophage ont été tranchés correctement ?  
 
Une brebis ou une chèvre est un sacrifice suffisant pour une seule personne ou pour la famille dont elle a la charge, tandis qu’une vache ou un chameau suffit pour sept personnes. Les Hanafites exigent que le mouton soit âgé d’un an au minimum, ou qu’il ait six mois mais soit bien en chair. Les chèvres doivent avoir un an révolu et avoir entamé la deuxième année, au minimum. Les bovins et les buffles doivent avoir deux ans révolus et avoir entamé la troisième année. Ils exigent aussi que les chameaux aient cinq années révolues et qu’ils aient entamé leur sixième année. Les Shâféites quant à eux exigent que les chèvres soient âgées de deux années révolues, au minimum.  
 
 
Autres directives relatives au sacrifice  
 
Si le sacrifice correspond à un vœu (nadhr), il n’est pas licite pour son propriétaire d’en manger quoi que ce soit ; il doit en faire don entièrement, selon les Hanafites et les Shâféites. Tandis que pour les Hanbalites, il est au contraire sunnah d’en manger : on en mange un tiers, on fait cadeau d’un tiers et on fait aumône d’un tiers. Quant au sacrifice non lié à un vœu, il n’est pas obligatoire d’en donner une part en aumône, mais cela est sunnah seulement.  
 
Abû Sa`îd rapporta que Qatâdah Ibn An-Nu`mân l’informa que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — se leva (un jour) et dit : « Je vous avais interdit de manger la viande du sacrifice au-delà de trois jours. Je vous y autorise désormais ; mangez-en comme bon vous semble. Mais ne vendez pas les viandes de sacrifice (hady et udhiyah inclus). Mangez-en, donnez-en en aumône, profitez de leurs peaux mais ne les vendez pas. Et si l’on vous en propose quelque chose, mangez-en comme il vous plaît. » [29] Le Messager avait interdit à ses Compagnons de faire des réserves de viande, et leur avait dicté d’en donner une part aux nécessiteux qui se rendaient exprès à Médine pendant l’aïd pour recevoir cette obole. Puis, il leur permit d’en manger et d’en mettre de côté pour leurs enfants. De nombreux hadiths, dont l’authenticité est unanimement reconnue, nous sont parvenus à ce sujet [30]. Mais il n’est pas permis de vendre la bête sacrifiée, ni même sa peau.  
 
Il existe d’autres directives concernant la manière d’accomplir le sacrifice citées par An-Nawawî [31] dont : Il est recommandé que l’on procède soi-même au sacrifice et que cela ne soit délégué que pour une excuse valable, auquel cas il est recommandé d’assister au sacrifice. En cas de délégation, le délégué choisi peut être musulman selon l’avis unanime des savants, ou un scripturaire mais cela est détestable (makrûh tanzîhan) et le sacrifice est valide et son auteur en est quitte.  
 
Telle est notre opinion (madhhab) et l’opinion de tous les savants, excepté Mâlik dans l’un des deux avis qui lui sont attribués où il n’autorise pas cela. Il est aussi possible de déléguer à un garçon ou à une femme ayant ses menstrues, mais il est détestable de déléguer à un garçon. Quant au fait qu’il soit détestable de déléguer à une femme ayant ses menstrues, il existe deux avis. Nos compagnons (i.e. les Shâféites) estiment qu’une femme ayant ses menstrues est préférable à un garçon, tandis qu’un garçon est préférable à un scripturaire. Nos compagnons disent qu’il est préférable que celui qui délègue le sacrifice assigne cette tâche à une personne connaissant la jurisprudence relative au sacrifice rituel, de manière à ce qu’il soit au fait de ses exigences et de ses sunan.  
 
 
Poèmes à propos du mouton de l’aïd  
 
Parmi les divertissements littéraires concernant le mouton de l’aïd, on peut citer ces quelques vers de Muhammad Ibn Nasr Allâh Ad-Dimashqî Al-Ansârî :  
 
À moi est venu un mouton qui *** manifestement était malheureux en amour   
Lorsqu’il se levait sous le soleil de midi *** il était tel un spectre, sans ombre projeter   
Je lui ai demandé ce qu’il souhaitait, il a dit : de la trigonelle *** Je l’ai adjuré de me dire ce qu’il lui plairait, il a dit : en manger.   
Je lui en ai donc apporté un bouquet tout vert *** ses feuilles étaient pleines de fraîcheur   
Il n’a alors cessé de la regarder d’un œil attendri *** et de lui déclamer un poème, les yeux emplis de larmes   
« Elle est venue tandis que les bassins de la mort nous séparait *** Elle a consenti de se rapprocher, alors que la proximité ne sert plus »  
 
On peut aussi citer les vers du défunt Sheikh Muhammad Al-Asmar concernant le mouton de l’aïd :  
 
Si tu as chez toi un mouton à deux cornes *** envoie-le nous afin que nous voyions la lumière de son front   
Afin qu’il réponde ou bêle en chœur *** car dans la maison de mes voisins il y a son frère   
Et afin que les créditeurs se rassurent et qu’ils sachent *** que je suis de ceux qui règlent leurs dettes   
Puis nous te le rendrons sain et sauf *** avec sa toison soyeuse et l’ivoire de ses cornes   
Je serai son gardien tant qu’il sera chez moi *** contre tout boucher et contre tout couteau  
 
 
Notes terminologiques  
 
Il y a des termes qui reviennent sur le thème du sacrifice qu’il est important de distinguer :  
 
Al-Hady désigne les sacrifices de caprins, ovins, bovins ou chameaux offerts à Allâh pendant le pèlerinage. Tantôt cela est obligatoire, lorsqu’il s’agit d’un vœu ou d’une compensation pour une obligation manquée ou un interdit commis comme dans Sa Parole — Exalté soit-Il —  « quiconque a joui d’une vie normale après avoir accompli la `Umrah en attendant le pèlerinage, doit faire un sacrifice qui lui soit facile » [32], et tantôt cela est recommandé lorsque cela est fait de manière volontaire, sans rapport avec une compensation.   
 
Al-Fidyah désigne tout ce que l’on fait en guise de rachat, pour avoir manqué à une obligation ou commis un interdit, que ce soit sous forme de sacrifice, d’aumône, de jeûne, ou autre chose. Le Très-Haut dit :  « Si l’un d’entre vous est malade ou souffre d’une affection de la tête (et doit se raser), qu’il se rachète alors par un jeûne ou par une aumône ou par un sacrifice ». [33] De même, Il dit à propos de ceux qui éprouvent des difficultés à jeûner :  « Mais ceux qui ne pourraient le supporter (qu’avec grande difficulté) qu’ils se rachètent en nourrissant un pauvre » [34]  
 
Al-Udhiyah désigne ce que l’on sacrifie dans le but de se rapprocher de Dieu à l’occasion de l’aïd Al-Adhâ.  
 
 
P.-S.  
Traduit de l’arabe de l’encyclopédie de fatwas d’Al-Azhar.  
 
Notes  
 
[1] Qays et Tamîm sont deux tribus arabes anciennes. NdT.  
[2] Sourate 5, Al-Mâ’idah, La table servie, verset 27.  
[3] Sourate 3, Âl `Imrân, La famille d’Amram, verset 183.  
[4] D’après la tradition, les enfants d’Adam et d’Ève naissaient deux par deux, un garçon et une fille dans chaque grossesse. NdT.  
[5] Tafsîr Al-Qurtubî, volume 6, pages 133—134.  
[6] Tafsîr Al-Qurtubî, volume 4, page 296.  
[7] Sourate 37, As-Sâffât, Les rangées, versets 102 à 107.  
[8] Il pourrait s’agir du nom arabe du roi Achazia. NdT.  
[9] Le Livre des Juges, 20—40.  
[10] Sourate 5, Al-Mâ’idah, La table servie, verset 2.  
[11] al-jâhiliyyah, littéralement l’ère de lignorance, désigne la période précédant l’avènement de l’islam. NdT.  
[12] Tafsîr Al-Qurtubî, volume 6, page 40.  
[13] Sourate 22, Al-Hajj, Le pèlerinage, verset 34.  
[14] Sourate 22, Al-Hajj, Le pèlerinage, versets 27 et 28.  
[15] Sourate 108, Al-Kawthar, L’abondance, versets 1 à 3. NdT.  
[16] Tafsîr Al-Qurtubî, volume 20, page 218.  
[17] Tafsîr Al-Qurtubî.  
[18] Conférer le hadith dans Sahîh Muslim avec le commentaire d’An-Nawawî. NdT.  
[19] Sharh Sahîh Muslim, volume 13, page 110.  
[20] Sourate 108, Al-Kawthar, L’abondance, verset 2. NdT.  
[21] Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.  
[22] Sourate 22, Al-Hajj, Le pèlerinage, verset 29.  
[23] Sharh Sahîh Muslim, volume 13, page 110.  
[24] Le hadith dit mursal présente un ou plusieurs maillons absents au début de sa chaîne de narrateurs. NdT.  
[25] Al-Fiqh `Alâ Al-Madhâhib Al-Arba`ah, page 208.  
[26] Sharh Sahîh Muslim, volume 13, page 117.  
[27] Tafsîr Al-Qurtubî, volume 15, page 107.  
[28] Tafsîr Al-Qurtubî, volume 15, page 108.  
[29] Rapporté par Ahmad.  
[30] Nayl Al-Awtâr, volume 5, page 134.  
[31] Sharh Sahîh Muslim, volume 13, page 120.  
[32] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 196.  
[33] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 196.  
[34] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 184.  
 
source: http://www.islamophile.org/spip/Le-sacrifice-rituel-de-l-Aid-Al.html

Rédigé par Oussoul

Publié dans #Dourouss - Leçon

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