Utiliser le terme "Sayyidina" pendant la prière

Publié le 16 Juillet 2009

 
 
 
 
Utiliser le terme "Sayyidina" pendant la prière. 

 

Utiliser le terme "Sayyidina" pendant la prière. Réponse de Sidi Hamza Karamali & Sidi Mostafa Azzam 
 
 
 
 
Je suis actuellement professeur dans une école Islamique, et durant l'enseignement du tashahhud à de jeunes enfants, je leur ai appris à dire "Sayyidina Muhammad" (que la plus grande bénédiction et la paix soient sur lui). Une mère est venue me voir et m'a dit que cela équivalait à mettre sur le même pied d'égalité le Prophète (qu'Allah lui accorde la grâce et la paix) avec Allâh –qu’il soit exalté -. J'ai expliqué au principal que ce n'était pas le cas et que cela était en accord avec les paroles des savants passés et contemporains sur le sujet et elle était d'accord avec moi.  
 
La mère a dit qu'elle l’avait lu dans un livre de fiqh, j'ai donc demandé à le consulter. Ce livre se nomme Fiqh al-Sunnah, par Muhammad Sayyid Saabiq. En regardant le passage en question, j'ai vu qu'il n'y avait rien indiquant qu'il était mal d’employer Sayyidina mais qu'il fallait réciter sans le dire, et il y avait de nombreux hadiths où le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) n'a pas ajouté ‘Sayyidina’. 
 
 
 
Question:  
 
Le principal est d'accord avec moi et veut que j'explique à la mère en quoi ce n'est pas une mauvais chose. Connaissez-vous des hadiths pouvant servir de preuves (en citant les sources) qu'il est permis de désigner le Prophète (qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix) ou quiconque d'autre par le terme "Sayyid" ? 
 
 
 
 
Au Nom d'Allâh le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 
 
La permission de désigner quelqu'un par le terme "maître" (sayyid) 
 
Le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) lui-même s'est décrit comme étant notre maître (sayyid) dans de très nombreux hadiths rapportés par Bukhari, Muslim, Tirmidhi, Abu Dawud, Ibn Majah, Ahmad et Darimi. En voici quelques exemples : 
 
Je suis le maître de l'humanité au Jour du Jugement. (Bukhari) 
 
Je suis le maître des gens [al-qawm] au Jour du Jugement. (Bukhari) 
 
Je suis le maître des fils d'Adam; je le dis sans prétention. Je suis le premier devant qui la terre se fendra au Jour du Jugement; je le dis sans prétention. Je suis le premier intercesseur et le premier à qui l'intercession sera accordée; je le dis sans prétention. L'étendard [liwa'] de la louange sera entre mes mains au Jour du Jugement; je le dis sans prétention. (Ibn Majah) 
 
Je suis le maître des humains... (Muslim) 
 
Je suis le maître des fils d'Adam au jour du Jugement, le premier dont la tombe s'ouvrira, le premier intercesseur, et le premier dont l'intercession sera acceptée. (Muslim) 
 
 
L'Imâm al-Nawawi a commenté ce dernier hadith en disant : Il (que la bénédiction et la paix soient sur lui) a dit " [Je suis le maître des fils d'Adam] au Jour du Jugement," même s'il est leur maître dans cette vie ainsi que dans l'autre car [au Jour de la Résurrection], le fait qu'il est le ‘sayyid’ sera clair pour tout le monde et il n'y aura personne pour contester, s'obstiner ou quoique ce soit du même genre, par opposition à ce monde... Ce qualificatif est comme la parole du Très Haut, "À qui appartient la royauté, aujourd'hui ? À Allâh, l'Unique, le Dominateur" [40:16], même si la royauté lui appartient aussi avant cela. 
 
… Les savants affirment qu’il (que la bénédiction et la paix soient sur lui) n’a pas dit “ Je suis le maître des fils d’Adam ” dans le but de s’en vanter ; bien au contraire, il l’a nié explicitement le fait qu’il s’agisse de prétention dans d’autres narrations rapportées par Muslim dans le célèbre hadith, “ Je suis le maître des fils d’Adam, je le dis sans prétention. ” Il l’a dit pour deux raisons. D’abord par obéissance envers les Paroles du Très-Haut, “ Et quant aux bienfaits qui te sont accordés, raconte-les. ” [93 :11], ensuite parce qu’il lui est obligatoire de transmettre à son peuple afin qu’il sache, qu’il croit, qu’il agisse conformément à ce qui a été transmis, et qu’il le respecte (que la paix et la bénédiction soient sur lui) comme il sied à son rang et comme Allâh l’a ordonné. (Sahih Muslim bi Sharh al-Imam Muhyi’l-Deen al-Nawawi, 15.39, Dar al-Ma’rifa) 
 
Si le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) c’est décrit lui-même comme étant notre maître – à l’a fois dans cette vie et dans l’autre – comment peut-on hésiter à le qualifier ainsi. 
 
La permission de designer quelqu’un en tant que maître (sayyid) n’est pas réservé qu’au Prophète (qu’Allâh lui accorde la grâce et la paix). Dans le Sahih Muslim, le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) a dit à ses compagnons, lorsque Sa’d b. Mu’adh est entré parmi eux : “ Levez-vous pour votre maître (sayyid)… 
 
Est-ce de l’association (chirk) ? 
 
Nous vénérons et aimons le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui), non pas parce que nous lui vouons un culte (qu’Allâh nous en préserve), mais plutôt parce qu’Allâh lui-même nous l’a ordonné dans le Coran. 
 
L’une des plus grosses innovations (bid’a) de notre époque, est que lorsque le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) est désigné avec vénération, les gens se sentent mal à l’aise et lorsqu’on le considère comme “ une simple personne ”, ils en sont heureux. La vénération du Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) est une chose qu’Allâh Lui-même nous a ordonnée. 
 
Qui donc parmi nous désigne ses parents par leurs prénoms ? Cette idée ne traverserait pas l’esprit de quiconque – Musulman ou non – possède un minimum de bonne manière (adab) à cause de l’extrême manque de respect que cela implique. Le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) a un rang bien plus élevé que celui de nos parents. 
 
Allâh a ordonné aux Musulmans de ne pas appeler le Prophète (qu’Allâh lui accorde la grâce et la paix), en disant par exemple, “ Ô Muhammad !” Il a dit :Ne considérez pas l’appel du Messager comme un appel que vous vous adresseriez les uns aux autres ” (24 : 63) 
 
L’Imam Sawi a expliqué dans son commentaire des Jalalayn, que ce verset interdit d’appeler le Prophète (que la bénédiction et la paix soit sur lui) en disant, “Ô Muhammad” ou "Ô Abu'l-Qasim" et nous apprend qu’il devrait être interpellé avec vénération, honneur, et respect en disant plutôt "Ô Messager d’Allâh" ou "Ô Prophète d’Allâh" ou "Ô Guide des Messagers" et d’autres expressions semblables. Il a dit que le verset nous indique qu’il n’est pas permis d’appeler le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) d’aucune manière n’impliquant pas la vénération et que cela est valable durant sa vie et après son départ pour l’autre monde. (Hashiyat al-Sawi ‘ala Tafsir al-Jalalayn, 3.149) 
 
Les savants parlant la langue Urdu dans le sub-continent Indien (qu’Allâh soit satisfait d’eux tous) ont fait une immense faveur à l’islam en imposant la vénération du Prophète (qu’Allâh lui accorde la grâce et la paix) dans leur langue elle-même. En Urdu, le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) n’est jamais désigné par son nom. Ils le désignent plutôt par "vous" (aap). Lorsqu’ils citent un hadith, les gens disent : "Vous (qu’Allâh vous accorde la grâce et la paix) nous avez dit…etc…" Le désigner uniquement par son nom est certes grossier. 
 
Peut-on utiliser ce terme dans le tashahhud pendant la prière ? 
 
Après s’être mis d’accord sur la permission (si ce n’est le caractère méritoire) de désigner le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) comme étant notre maître, les juristes (fuqaha) ont divergé sur le fait qu’il soit recommandé ou non d’user de ce terme durant le tashahhud. 
 
Les hadiths transmis à propos du tashahhud ne font nulle mention du terme sayyid. Certains Shafi’ites ont préféré suivre la formulation précise des commandements prophétiques plutôt que la voie de l’adab, de la révérence (i.e. en ajoutant "notre maître"). D’autres ont préféré mettre en avant l’adab par rapport la formulation précise des ordres prophétiques. 
 
L’Imâm Ibn Hajar al Haythami (qu’Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son commentaire d’al-Muqaddima al-Hadramiyya. "Il n’y a pas de mal (la ba’s) à ajouter ‘sayyidina’ devant ‘Muhammad’ [pendant le tashahhud]". Shaykh Muhammad ibn Sulayman al-Kurdi (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit dans son commentaire qu’al-Khatib al-Shirbini a affirmé dans son Mughni qu’il n’était pas recommandé (mustahabb) d’ajouter ‘sayyidina’, tandis que l’Imâm al Ramli a déclaré dans son Nihayatu’l-Muhtaj que cela était méritoire. Il a ajouté que le I’ab (un livre de al-Mazjad dont Ibn Hajar a fait un commentaire) dit qu’il est recommandé d’ajouter ‘sayyidina’. (al-Hawashi al-Madaniyya, 1.259) 
 
L’un des disciples de Ibn Hajar, dans sa hashiya souvent citée affirme : “Il est mieux (awla) de mentionner le titre de maître (al-siyadah), étant donné que la meilleure approche est de pratiquer l’adab” (I’anatu’l-Talibin, 1.163). 
 
J’ai entendu l’un des savants dire que l’une des preuves du fait qu’il est meilleur de mettre avant l’adab devant la formulation précise est que durant la fin de la vie du Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui), il a demandé à Sayyidina Abu Bakr (qu’Allâh l’agrée) de diriger la prière et Sayyidina Abu Bakr a refusé de guider un groupe qui comprenait le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui). En d’autres termes, il a adopté la voie de l’adab au lieu de ce que le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) lui a dit de faire. 
 
De même, durant le traité de Hudaybiyyah, quand les mécréants ont objecté à propos des termes "Messager d’Allâh", le Prophète (qu’Allâh lui accorde la grâce et la paix) a dit à son scribe, notre maître ‘Ali (qu’Allâh l’agrée), de les effacer, mais notre maître ‘Ali refusa. Ainsi, le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) finit par les effacer lui-même. 
 
Ceci reste un point de divergence, bien que le Mughni et le Nihayah soient parmi les meilleurs commentaires et les plus fiables du Minhaj al-Talibin de l’Imâm al-Nawawi, et donc, si quelqu’un croit qu’il est mieux de ne pas dire ‘sayyidina’ dans le tashahhud, il aura alors suivi une opinion valide et fondée dans l’école Shafi’ite. En même temps, il faut respecter, reconnaître, et tolérer le fait que certains parmi les plus grands Shafi’ites étaient d’avis que dire ‘sayyidina’ durant le tashahhud est recommandé. Et dans tous les cas, personne ne considère qu’il est mauvais de désigner le Messager d’Allâh (que la bénédiction et la paix soient sur lui) par "notre maître", mais ils ne divergent que sur ce qui est meilleure dans le tashahhud. 
 
Qu’Allâh accorde la grâce à notre maître Muhammad ainsi que la paix, et nous accorde sa compagnie au Jour de la Résurrection. 
 
Et Allâh sait mieux. 
 
Hamza Karamali et Mostafa Azzam. 
 

Traduit du site Sunnipath

 

source: par frère Tassawwuf sur http://www.aslama.com/forums/showthread.php/8598-De-l-utilisation-du-terme-quot-Sayyidina-quot

Rédigé par Oussoul

Publié dans #Fatwa

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