Sheikh `Atiyyah Saqr/ Sheikh Ahmad Ash-Sharabâsî au sujet du mawlid

Publié le 13 Février 2010

Sheikh `Atiyyah Saqr, ancien président du Comité de Fatwa d’Al-Azhar Ash-Sharîf, dit à ce sujet : 
 
 
Histoire:  
 
Comme l’a souligné le professeur Hasan As-Sandûbî, les historiens ne connaissent pas d’antécédent à la célébration de la naissance du Prophète :sws: par les Fatimides. Ils faisaient alors en Egypte une grande célébration de cet évènement, accompagnée de la distribution de beaucoup de pâtisseries, comme le rapporte Al-Qalqashandî dans son livre Subh Al-A`shâ.  
 
Les Fatimides faisaient également une célébration de la naissance d’un certain nombres de personnages issus des gens de la Demeure Prophétique. Al-Maqrîzî dit qu’ils ont également célébré la naissance de Jésus.  
 
La célébration de la naissance (Mawlid) du Prophète :saws: fut suspendue en 488 A.H., c’est le cas également pour les autres Mawâlid qui étaient alors célébrés. En effet, le Calife Al-Musta`lî Billâh prit pour vizir Al-Afdal Shahinshâh, le fils du Commandant des troupes Badr Al-Jamâlî. Ce vizir fut un homme puissant qui ne contredisait pas Ahl As-Sunnah, selon Ibn Al-Athîr (cf. son livre Al-Kâmil, v. 8, p. 302). Il en fut ainsi jusqu’à ce que Al-Ma’mûn Al-Batâ’ihî devienne vizir. Il émit un décret officiel pour distribuer des aumônes le 13 Rabî` Al-Awwal en 517 A.H.. Ces aumônes furent distribuées par les soins de Sanâ’ Al-Malik.  
 
Avec l’arrivée de la dynastie ayyoubide, furent abolies toutes les traces des fatimides. Cependant, les familles continuèrent à faire des célébrations privées à l’occasion du Mawlid du Prophète :saws: . Puis au début du 7ème siècle après l’Hégire, cette célébration devint officielle dans la ville de Irbil, par un décret de son prince Mudhaffar Ad-Dîn Abû Sa`id Kawkabrî Ibn Zayn Ad-Din `Alî Ibn Tabkatkin - un sunnite qui donna une grande importance au Mawlid, si bien qu’il dressa de grandes tentes, soutenues par des structures en bois, dès le début du mois de Safar, décorées par les plus beaux ornements, on y trouvait des chants et des moyens de divertissement. Il donnait un congé aux gens à cette ocassion pour qu’ils profitent de ces manifestations.  
 
Les tentes s’étendaient depuis la Porte de la Citadelle (Bâb Al-Qal`ah) jusqu’à Al-Khâniqah. Mudhaffar Ad-Din avait coutume de descendre après la prière d’Al-`Asr et se tenait devant chaque tente, écoutant le chant et observant ce qui s’y trouve. La célébration du Mawlid avait lieu tantôt le 8 du mois, tantôt le 12 du mois, et deux jours avant la célébration, on sortait des chameaux, des vaches et des moutons, accompagnés de festivités sur leur trajet vers la place centrale où ils étaient sacrifiés, puis cuisinés pour le peuple.  
 
Ibn Al-Hâjj Abû `Abd Allâh Al-`Abdarî dit que la célébration était répandue en Egypte à son époque et critiqua les innovations qui s’y produisaient (Al-Madkhal, v. 2, p. 11-12). De nombreux ouvrages furent composés au sujet du Mawlid pendant le 7e siècle A.H., par exemple la Qissah d’Ibn Dihyah (décédé en Egypte en 633 A.H.), et aussi des écrits de Muhyiddîn Ibn `Arabî (décédé à Damas en 638 A.H.), Ibn Taghrabak (décédé en Egypte en 670 A.H.), Ahmad Al-A`zalî et son fils Muhammad (décédé à Sabtah en 677 A.H.).  
 
 
Le risque des innovations:  
 
Étant donné que les innovations s’étaient répandues dans les Mawâlid, elles furent désapprouvés par les savants, certains ont même désapprouvé l’origine de la célébration du Mawlid. Parmi ceux-là, nous comptons le juriste Malékite Tâjuddîn `Omar `Alî Al-Lakhmî d’Alexandrie, connu sous le nom d’Al-Fakahânî, décédé en 731 A.H.. Il écrivit à ce sujet son épître Al-Mawrid fil-Kalâm `alâ Al-Mawlid, épître citée intégralement par As-Suyûtî dans son livre Husn Al-Maqsid 
 
Puis Sheikh Muhammad Al-Fâdil Ibn `Ashûr dit : au 9e siecle A.H., les gens furent partagés, certains l’autorisant, d’autres l’interdisant. Parmi ceux qui l’appréciaient il y a As-Suyûtî, Ibn Hajar Al-`Asqalâni, Ibn Hajar Al-Haythamî, tout en condamnant les innovations qui se sont greffées sur la célébration. Ils basent leur opinion sur le verset : « et rappelle-leur les Jours d’ Allah » Sourate 14, Ibrâhîm, verset 5.   
 
An-Nasâ’î et `Abd Allâh Ibn Ahmad [Ibn Hanbal] dans le complément du Musnad, ainsi qu’Al-Bayhaqî dans Shu`ab Al-Imân rapportent selon Ubayy Ibn Ka`b que le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, interpréta « les jours d’Allâh » par les bienfaits d’Allâh et Ses signes (cf. Rûh Al-Ma`ânî d’Al-Alûsî), et la naissance du Prophète :saws est un très grand bienfait.  
 
Dans le Sahîh de Muslim selon Abû Qatâdah Al-Ansâri : Lorsque le Prophète - paix et bénédiction d’Allah sur lui - fut interrogé au sujet du jeûne du lundi, il dit : « C’est le jour où je suis né, c’est le jour où je fus envoyé et c’est le jour où la révélation descendit sur moi ». Il a été rapporté selon Jâbir et Ibn `Abbâs que le Messager d’Allah - paix et bénédiction d’Allah sur lui - naquit l’an de l’Eléphant, un lundi, le 12 Rabî` Al-Awwal, il fut envoyé ce même mois, l’Ascension au Ciel eut lieu de même mois, il émigra et décéda pendant ce mois de Rabî` Al-Awwal. Le Messager d’Allah - paix et bénédiction sur lui - indiqua que le jour de sa naissance est privilégié par rapport aux autres jours. Et le croyant peut espérer une grande rétribution pendant un jour béni, sachant que privilégier les œuvres qui coïncident avec les moments de la Généreuse Bonté divine est une démarche établie avec certitude dans la sharî`ah.   
 
Ainsi, la célébration de ce jour et l’expression de notre gratitude envers Dieu pour ce bienfait qu’est la naissance du Prophète :saws: , et pour nous avoir guidé à sa voie, est une chose confirmée par la jurisprudence islamique, à condition de ne pas lui donner une forme spéciale. Il convient plutôt de propager la joie et la bonne annonce autour de soi, en se rapprochant de Dieu par ce qu’Il a légiféré, en informant les gens des bienfaits de ce jour, et en s’éloignant de ce qui est illicite. Quant aux coutumes liées à la nourriture ce jour-là, elles rentrent dans le cadre du verset : « Mangez des (nourritures) licites que Nous vous avons attribuées » Sourate 2, Al-Baqarah, verset 172.  
 
Mon opinion est qu’il n’y a pas de mal à faire cela, notamment à cette époque où les jeunes ont bientôt oublié leur religion et leur gloire, noyés dans les autres célébrations qui dominent tyranniquement les célébrations religieuses. Cette célébration doit consister à méditer sur la vie du Prophète - paix et bénédiction de Dieu sur lui - et à faire des œuvres qui immortalisent le souvenir de la naissance du Prophète :saws:, par exemple, en construisant des mosquées ou des instituts, ou toute autre bonne œuvre qui lie celui qui la contemple au Messager de Dieu et à sa vie.  
 
Partant de cela, il est autorisé de célébrer les naissances des Walîs (alliés de Dieu), pour manifester l’amour envers eux et suivre le modèle de leur vie, tout en s’écartant de toute chose illicite comme la mixité interdite entre les hommes et les femmes ou le fait de profiter de la moindre opportunité pour tomber dans l’illicite que ce soit dans les boissons, la nourriture, les compétitions ou les divertissements, ou comme le non-respect des mosquées, ou comme les innovations qui ont lieu dans les visites des tombes ou l’invocation de Dieu par les tombes, en somme en s’écartant de toute entorse à la religion et tout écart à son éthique.  
 
 
Les transgressions:  
 
Si ces transgressions sont dominantes, il est alors meilleur d’interdire ces célébrations pour fermer une porte du mal, comme l’indique les fondements de la sharî`ah. Si, en revanche, les côtés positifs et les bienfaits dominent, il n’y a pas de mal à faire ces célébrations, tout en veillant à informer les gens quant au comportement à adopter, et en encadrant les célébrations pour éviter ou limiter au mieux les côtés négatifs. En effet, beaucoup de bonnes œuvres sont polluées par certaines transgressions, et chacun doit appeler au bien et interdire le blâmable par les moyens licites (cf. volume 4 de l’Encyclopédie de la famille sous l’égide de l’islam).  
 
Az-Zurqânî dit dans son commentaire d’Al-Mawâhib d’Al-Qastillânî : « Ibn Al-Jazrî, l’Imâm des lectionnaires coraniques, décédé en 833 A.H., commenté la tradition rapportée par Al-Bukhâri et d’autres au sujet d’Abû Lahab selon laquelle il fut si heureux par la naissance du Messager qu’il affranchît Thuwaybah son esclave quand elle lui annonça la bonne nouvelle ; et que pour cela Allah allégea son châtiment en Enfer. Il [Ibn Al-Jazrî] dit : "Si le mécréant condamné dans le Coran, fut rétribué en Enfer pour avoir été heureux pour la naissance du Prophète, qu’en est-il du musulman, le Muwahhid (monothéiste) de sa communauté, qui éprouve un bonheur pour sa naissance et fait tout ce qu’il peut pour son amour."  
 
Le savant-mémorisateur Shamsuddîn Muhammad Ibn Nâsir dit : Si pour un mécréant condamné dont les deux mains en Enfer périront éternellement, il est établi que le jour du lundi le châtiment lui sera allégé pour sa joie pour Ahmad (prénom du Messager d’Allah, cité dans le Coran), que penser alors du serviteur qui, toute sa vie, fut heureux par Ahmad et mourut en monothéiste ?  
 
Ibn Ishâq privilégie l’opinion selon laquelle, la naissance du Prophète - paix et benediction d’Allah sur lui - eut lieu après douze nuits écoulées du mois de Rabî` Al-Awwal de l’An de l’Eléphant. Ibn Abî Shaybah relate cette opinion selon Jâbir et Ibn `Abbâs et d’autres. C’est une opinion répandue parmi les savants. L’auteur de Taqwîm Al-`Arab Qabl Al-Islâm, quant à lui, affirme, par des calculs astronomiques précis, que la naissance du Prophète fut le lundi 9 Rabî` Al-Awwal, soit le 20 avril 571 E.C..  
 
(cf. Al-Hâwî lil-Fatâwî de l’Imâm As-Suyûtî et le magazine Al-Hidâyah publié en Tunisie en Rabî` Al-Awwal 1394 A.H.).  
 
Source de la fatwa en arabe : le site d’Al-Azhar.  
 
 
 
Cette commémoration est une occasion de se réformer et de méditer sur la vie du Prophète (salla Allahou 'alayhi wa salam) le meilleur des hommes et le bien aimé de Dieu.  
 
Les imams ont dit de répéter a toute occasion les bénédictions de Dieu et la prière sur l'homme le plus parfait :saws:., source de bienfait pour nous au jour de la résurrection et marque de respect envers Habib Allah (le bien aimé de Dieu)  
 
Allâh Tout Puissant dit : « Certes, Allâh et Ses Anges prient sur le Prophète ; ô vous qui croyez priez sur lui et adressez lui vos salutations. » Sourate 33, Al-Ahzab, les Coalisés, verset 56  
 
Les savants sont d’avis que la "prière" d’Allâh sur Son Prophète - paix et bénédictions sur lui - est une Miséricorde qu’Il déverse sur lui. De même, les prières des anges sont une invocation du Pardon de Dieu en sa faveur, et celles des croyants une invocation en sa faveur. En effet, nous sommes invités à prier Allâh d’augmenter Ses honneurs et Ses faveurs envers le Prophète - paix et bénédictions sur lui.  
 
Notre invocation constitute un geste d’amour envers lui. En effet, notre amour pour le Messager de Dieu :saws: est un signe de notre foi profonde en Allâh - Exalté soit-Il. Il est rapporté que le Prophète - paix et bénédictions sur lui - a dit : « Aucun d’entre vous ne sera considéré comme un vrai croyant tant qu’il ne m’aimera pas plus que quiconque, ses parents y compris. »   
 
   1.  Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - a dit : « Celui qui priera sur moi une fois, Allâh priera sur lui dix fois. »   
 
   2. Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - a dit : « A chaque fois que l’un d’entre vous prie sur moi, Allâh me rend mon âme afin que je lui réponde. »   
 
   3. Il a dit également : « Ceux qui mériteront le plus mon intercession au Jour Dernier seront ceux qui auront prié sur moi le plus souvent. »   
 
   4. Un autre hadith nous enseigne : "Le pingre est celui qui, en entendant mon nom, ne prie pas sur moi."   
 
Hadiths de Muslim, Abou Daoud, Tirmidhi  
 
 
 
Allâhumma salli wa salam ‘alâ sayyidinâ Muhammad  
 
 
 
Sheikh Ahmad Ash-Sharabâsî  
 
La naissance du Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, marqua par la Volonté de Dieu l’arrivée du Sceau des Prophètes et l’Imâm des Messagers - Muhammad, paix et bénédiction de Dieu sur lui. Nul doute que le rappel profite aux croyants. Nous avons besoin de nous souvenir de toute chose liée au Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, car il est le modèle par excellence pour tout musulman, conformément à la Parole de Dieu - Exalté Soit-Il : "En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle." Sourate 33, les Coalisés, Al-Ahzâb, verset 21.  
 
Ainsi, il n’y a pas de mal à ce que les musulmans, aux quatres coins de la terre, profitent de cette occasion - la naissance du noble Prophète - pour étudier sa Sunnah, sa prédication, ses nobles manières, et pour approfondir leur compréhension de la religion et du Livre de leur Seigneur, pourvu que cela les pousse à multiplier les oeuvres pies et les efforts dans le bien.  
 
La célébration devrait se limiter à l’exposé de sa vie, la présentation de sa Sunnah et de sa prédication, par le biais de conférences, exhortations, discours et prêches, et par des réunions organisées dans les mosquées, les associations et les lieux de rassemblement pour écouter toute chose relative à l’Islam et au Messager de l’Islam, paix et bénédiction de Dieu sur lui. On peut aussi recourir aux journaux, magazines et autres supports des médias dans les pays musulmans pour parler de la vie du Prophète et du message islamique.  
 
Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Ahmad Ash-Sharabâsî, Yas’alûnaka fî Ad-Dîn Wal-Hayâh (Ils te questionnent sur la religion et sur la vie), v. 1, p. 462-464.  


Rédigé par Oussoul

Publié dans #Notre bien aimé Prophète

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