Suhayb Ar-Rûmî

Publié le 13 Février 2010

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Suhayb Ar-Rûmî 
samedi 18 mai 2002 
 
 
 
 
Vingt ans environ avant le début de la mission du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, soit au milieu du sixième siècle, un Arabe au nom de Sinan Ibn Malik gouvernait la ville d’Al-Uballah appartenant alors sous la tutelle de l’empereur perse. La ville, aujourd’hui intégrée à Basrah (Bassora), se situait sur les rives du fleuve Euphrate. Sinan vivait dans un luxueux palais sur les bords du fleuve. Parmi ses nombreux enfants, il en chérissait un en particulier : Suhayb. Il était blond et avait le teint clair. Bien qu’âgé de cinq ans à peine, il était vif et éveillé. Il était, pour son père, une grande source de divertissement. 
 
Un jour, Suhayb, sa mère et d’autres membres de sa famille se rendirent à Ath-Thani, un village voisin, pour pique-niquer. Ce qui devait être une agréable journée s’avéra être une expérience terrifiante qui allait marquer à jamais la vie du jeune Suhayb. Ce jour-là, le village fut la cible d’une attaque par des soldats byzantins. Ils exécutèrent les gardes escortant la famille, confisquèrent les biens et firent prisonniers les rescapés, dont Suhayb Ibn Sinan. 
 
Suhayb fut vendu dans l’un des marchés aux esclaves de l’Empire byzantin. Passant de maître en maître, il connut alors le même sort que des milliers d’autres esclaves qui emplissaient les maisons, les palais et les châteaux des chefs et aristocrates byzantins. 
 
Suhayb passa son enfance et sa jeunesse en état de servitude. Pendant les quelques vingt années qu’il demeura en terre byzantine, il put comprendre avec une rare acuité le tempérament et les coutumes de ses fougueux habitants. Dans les palais aristocratiques, il fut le témoin des injustices et de la corruption de la vie byzantine. Il détestait cette société. Plus tard, il dit : " Une telle société ne peut être purifiée que par un déluge. " 
 
Suhayb oublia quasiment l’arabe ne pratiquant que la langue de l’empire byzantin, le grec. Il n’oublia cependant pas qu’il était un fils du désert. Il rêvait du jour où il serait libre de retourner dans son peuple. Aussi s’échappa-t-il à la première occasion. Il se rendit à La Mecque, à l’époque lieu de refuge et d’asile. Les Mecquois le surnommèrent Suyab Ar-Rûmî ou le Byzantin en raison de son discours singulièrement lourd et de ses cheveux blonds. `Abd Allâh Ibn Judan, un aristocrate mecquois l’engagea en tant que halif, allié. Ensuite dans les affaires, il prospéra et s’enrichit. 
 
Alors qu’il revenait d’un voyage, il apprit que Muhammad, fils de `Abd Allâh appelait les gens à croire en un Dieu unique, leur ordonnait la justice et les bonnes œuvres et leur interdisait les actions honteuses et répréhensibles. Immédiatement, il chercha à savoir qui était Muhammad et où il vivait. 
 
On lui rapporta : " Il vit dans la maison d’Al-Arqam Ibn Abi Al-Arqam. Veille toutefois à ce qu’aucun Qurayshite ne te voit. Si l’un d’eux vient à te surprendre, attends-toi au pire. Tu es un étranger ici et tu ne disposes d’aucun lien tribal pour te protéger, ni de clan qui puisse te venir en aide. " 
 
En dépit de cette mise en garde, Suhayb se rendit à la maison d’Al-Arqam. Au seuil, il trouva `Ammâr Ibn Yâsir, le jeune fils d’un père yéménite qu’il connaissait. Il hésita un instant, mais finit par interroger Ammar : 
 
" Qu’est-ce que tu fais ici, `Ammâr ? 
- C’est plutôt à toi que je dois poser cette question !, contrecarra `Ammâr. 
- Je veux entendre de mes propres oreilles cet homme parler. 
- C’est également ce que je souhaite. 
- Alors entrons ensemble, `alâ barakatillâh (avec les bénédictions de Dieu). " 
 
Suhayb et `Ammâr écoutèrent les paroles de Muhammad, paix et bénédiction de Dieu sur lui. Ils furent tous deux immédiatement convaincus de la vérité de son message. La lumière de la foi pénétra leurs cœurs sur le champ. Le jour même, ils jurèrent fidélité au Prophète — paix et bénédictions sur lui — déclarant qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. Ils passèrent la journée en compagnie du noble Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Le soir, sous couvert de la nuit, ils quittèrent la maison d’Al-Arqam, le cœur brûlant de la foi et le visage radieux de bonheur. 
 
Comme Bilâl, `Ammâr et sa mère Sumayyah, Khabbâb et beaucoup d’autres à qui les idolâtres qurayshites reprochaient d’avoir professé l’Islam, Suhayb fut la cible de persécutions inhumaines. Il les endura toutes d’un cœur vaillant et patient, conscient que le chemin vers le Paradis était pavé d’épines et de peines. Les enseignements du noble Prophète — paix et bénédictions sur lui — avaient installé en lui et en d’autres compagnons une force rare et un courage exceptionnel. 
 
Quand le Prophète — paix et bénédictions sur lui — autorisa ses fidèles à émigrer vers Médine, Suhayb résolut d’accompagner le Prophète — paix et bénédictions sur lui — et Abû Bakr. C’était sans compter la perfidie des Qurayshites. Ils découvrirent, en effet, ses intentions. Afin de l’empêcher de partir avec ses biens, son or et son argent, ils le firent garder. 
 
Après le départ du Prophète — paix et bénédictions sur lui — et d’Abû Bakr, Suhayb, patient, attendait la première opportunité pour fuir. Malheureusement, ses gardes étaient constamment en alerte et vigilants. Il ne lui restait donc plus qu’à recourir à un stratagème. Un soir, Suhayb, prétextant des problèmes intestinaux, faisait des allers et venues aux toilettes. Ses geôliers se disaient : " Ne nous inquiétons pas. Al-Lât et Al-Uzza (deux de leurs idôles) l’occupent avec ses intestins. " 
 
Rassurés, ils se laissèrent gagner par le sommeil. Suhayb en profita pour se glisser dehors doucement. Il prit ses armes, prépara sa monture et se dirigea vers Médine. A leur réveil, les surveillants remarquèrent l’absence de Suhayb. Ils enfourchèrent aussitôt leurs chevaux dans une poursuite effrénée. Ils finirent par rattraper Suhayb. Les voyant s’approcher, Suhayb gravit une colline. Son arc et ses flèches à la main, il leur cria : " Hommes de Quraysh ! Vous savez, par Allah, que je suis l’un des meilleurs archers et que ma cible est infaillible. Par Allah, si vous approchez davantage, mes flèches vous tueront l’un après l’autre. Après, je n’hésiterai pas à combattre avec mon épée. " 
 
L’un des Qurayshites répondit : 
 
" Par Dieu, nous ne te laisserons pas nous échapper en vie et avec ton argent. Tu es venu à La Mecque faible et pauvre et tu y as acquis tout ce que tu possèdes aujourd’hui. 
 
- Que diriez-vous si je vous abandonne toute ma richesse ?, interrompit Suhayb. Me laisseriez-vous en paix ? 
 
- Oui, s’accordèrent-ils. " 
 
Ils tinrent parole et le laissèrent partir après que Suhayb leur eut révélé la cachette de l’argent. 
 
Suhayb se remit en route aussitôt, impatient de retrouver le Prophète — paix et bénédictions sur lui — et d’adorer librement Dieu. Le seul fait de s’imaginer en compagnie du Prophète — paix et bénédictions sur lui — permit à Suhyab de surmonter la fatigue, avec courage et détermination. Lorsque Suhayb atteignit Qubâ, c’est-à-dire à la périphérie de Médine et à l’endroit même où le Prophète — paix et bénédictions sur lui — se posa après l’Hégire, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — vit Suhayb au loin. Débordant de joie, il l’accueillit avec un sourire radieux. 
 
"Ta transaction a été profitable, ô Abû Yahyâ ! Ta transaction a été profitable. " Par trois fois, il s’exclama ainsi. 
 
Rayonnant de bonheur, Suhayb fit remarquer : " Personne n’a pu me devancer, ô Messager de Dieu, seul Jibrîl a pu t’en informer. " 
Oui, en effet, le pacte de Suhayb fut profitable comme l’affirme le Coran : " Et il y a parmi les gens celui qui se sacrifie pour la recherche de l’agrément d’Allah. Et Allah est Compatissant envers Ses serviteurs. " (sourate 2, La vache, verset 207) 
 
Qu’est-ce que l’argent ou tout l’or du monde tant que la foi persiste ? Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — aimait beaucoup Suhayb. D’ailleurs, le Prophète faisait son éloge. Il disait également de Suhayb qu’il était l’un des prédécesseurs de l’islam auprès des Byzantins. En plus de sa piété et de sa sobriété, Suhayb savait être léger et drôle. Un jour, le Prophète le vit manger des dattes. Il remarqua également que Suhayb avait une infection oculaire. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — lui dit en riant : 
 
" Manges-tu des dattes mûres alors que tu as un œil infecté ? 
 
- Où est le mal ?, répondit Suhayb, je ne les mange qu’avec l’autre œil. " 
 
Suhayb était également réputé pour sa générosité. Il avait pour habitude de distribuer toute l’allocation du trésor public, pour l’Agrément de Dieu, aux pauvres et aux nécessiteux. En cela, son attitude illustre bien le verset coranique : " Il nourrit le pauvre, l’orphelin et le prisonnier pour l’amour d’Allah. " 
 
Il était si prodigue que `Umar fit remarquer : " Je t’ai vu donner tellement de nourriture que tu sembles trop extravagant. " Suhayb répondit : " J’ai entendu le Messager de Dieu dire : " Le meilleur d’entre vous est celui qui pourvoit en nourriture. "." 
 
En raison de sa grande piété et de son haut rang parmi les musulmans, `Umar désigna Suhayb pour diriger la prière des musulmans après sa mort et jusqu’à ce qu’un successeur soit choisi. Victime de l’attaque à l’arme blanche d’Abû Lu’lu’ah — que Dieu le maudisse — pendant la prière de Fajr, `Umar convoqua six compagnons à son chevet : `Uthman, `Alî, Talhah, Az-Zubayr, `Abd Ar-Rahmân Ibn Awf et Sa`d Ibn Abî Waqqâs. Il ne désigna pas lui-même son successeur, afin d’éviter que deux Califes coexistent. Il demanda aux compagnons de se consulter entre musulmans pendant trois jours et d’aboutir à la nomination d’un nouveau calife. Il conclut ainsi : " Que Suhayb dirige la prière. " 
 
Avant l’instauration du Khalifah, Suhayb avait effectivement la responsabilité et l’honneur de diriger la prière et d’être, en d’autres termes, le guide de la communauté musulmane. Le choix de `Umar était bien la preuve que la communauté islamique intégrait et honorait les hommes de différents horizons. Un jour, à l’époque du Prophète — paix et bénédictions sur lui — un hypocrite au nom de Qays Ibn Mutatiyah tenta de semer le mépris sur une partie de la communauté. Qays s’était donc joint à un cercle d’étude où se trouvait Salmân Al-Fârisî (Salman le Perse), Suhayb Ar-Rûmî (Suhayb le Byzantin) et Bilâl Al-Habashî (Bilâl l’Ethiopien), puisse Allah être satisfait d’eux. Il fit remarquer : " Les Aws et les Khazraj ont défendu cet homme (Muhammad). Que font ceux-là avec lui ? ". Mu`âdh, furieux, répéta les propos de Qays au Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Le Prophète courroucé, se rendit à la mosquée. L’appel à la prière fut donné, ce qui était la manière de convoquer les musulmans à une annonce importante. Avant de commencer son allocution, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — loua et glorifia Allah. Puis, il dit : " Notre Seigneur est Unique. Votre ancêtre est unique. Votre religion est unique. Prenez garde. L’arabité ne se transmet pas par le père ou la mère, mais par la langue. Quiconque parle arabe est par conséquent arabe. " 
 
 
P.-S.Traduit de "Companions of The Prophet", Vol. 1, de Abdul Wâhid Hâmid 
 
islamophile.org 

Rédigé par Oussoul

Publié dans #Grandes figures de l'Islam

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