Est-il admissible pour un musulman de penser que Allah est dans le Ciel au sens littéral?
Publié le 13 Juin 2009
tiré du site Aslama.com
Réponse du Chaykh Nuh
Ha Mim Keller:
Non.
Le sens littéral d'être « dans le
ciel » impliquerait qu'Allah - Exalté soit-Il - soit en fait dans l'une de Ses créatures, car le ciel est une chose créée. Il n'est pas permis de croire qu'Allah -
Exalté soit-Il - réside ou occupe (en Arabe « hulul ») une quelconque de Ses créatures, comme les Chrétiens le pensent pour Jésus - paix sur lui - ou les Hindouistes pour
leurs avatars. Ce qu'il est indispensable de savoir pour un être humain, c'est qu'Allah - Exalté soit-Il - est « ghaniyy » ou « absolument libre de tout besoin »
[indépendant] de toute chose qu'Il a créée. Il déclare explicitement dans la
sourate al-Ankabout du Saint Qur'an : 6.Certes
Allah peut Se passer de tout l'univers.
waman jahada fa-innama youjahidou linafsihi inna allaha laghaniyyoun ^ani al^alamina
(Sourate 29, v 6)
Allah - Exalté soit-Il - mentionne Son attribut de «
Ghina » ou « indépendance vis-à-vis de tout ce qui est créé » dans quelques dix-sept versets du Qur'an.
C'est un point central de la 'aqida ou dogme islamique,
et c'est la raison pour laquelle il est impossible qu'Allah - Exalté soit-Il - soit en Jésus - paix sur lui - ou dans qui que ce soit d'autre ayant une forme ou un corps : car les corps dépendent
de l'espace et du temps, alors qu'Allah - Exalté soit-Il - ne dépend d'aucune chose, et n'a besoin de rien. Ceci est la 'aqida du Qur'an, et les savants musulmans ont gardé cela à l'esprit pour
interpréter d'autres versets ou hadiths. Si les musulmans lèvent leurs mains vers le ciel quand ils font des supplications [demandes,
invocations] (du'a) à Allah
- Exalté soit-Il -, c'est parce que le ciel est la qibla pour les du'as, et non parce qu'Allah - Exalté soit-Il - occupe cette direction particulière ; et ce de la même façon que la Kaaba est la
qibla de la prière (salat), sans pour autant que les musulmans ne croient que c'est dans cette direction qu'est Allah.
En fait, Allah - Exalté soit-Il - dans Sa Sagesse a fait
de la qibla un signe (ayah) de l'unité des Musulmans, de la même façon qu'il a fait du ciel un signe de Sa Transcendance et de Son infinie Immensité, et cette signification se manifeste dans le
coeur de tout croyant simplement en regardant le ciel quand il supplie Allah - Exalté soit-Il -. Cela faisait partie de la Sagesse Divine d'inclure ces formulations dans la sunna prophétique afin
d'élever spirituellement les coeurs des gens qui les entendirent en premier, et de les orienter vers la Transcendance et l'Immensité d'Allah - Exalté soit-Il - par le plus grand et le plus
concret des signes physiques de ces attributs : le ciel visible qu'Allah - Exalté soit-Il - a élevé au-dessus d'eux.
Beaucoup d'entre eux, surtout quand ils venaient tout
juste de sortir de la jahiliyya ou « période de l'ignorance préislamique », étaient très attachés aux réalités physiques et perceptibles, et avaient du mal à concevoir quoi que ce soit au-delà,
comme cela est attesté par leurs idoles qui étaient des images posées ou élevées sur le sol.
Omar Ibn al-Khattab - qu'Allah soit satisfait de lui -
mentionne, par exemple que durant la jahiliyya, ils pouvaient construire leurs idoles avec des dattes, et plus tard lorsqu'ils avaient faim, les manger tout
simplement.
Le langage que le Messager d'Allah - que la paix et la
bénédiction d'Allah soient sur lui - utilisa pour faire accepter à de tels gens la Transcendance d'Allah le Très Haut était bien entendu composé de termes qu'ils pouvaient comprendre sans
difficulté, et il utilisa l'image du ciel au-dessus d'eux.
L'imam al-Qurtubi, le célèbre exégète du Qur'an du
septième/treizième siècle a dit : Les hadiths à ce sujet sont nombreux, rigoureusement authentiques, et bien connus ; et ils
indiquent La Transcendance d'Allah, qui ne peut être reniée par quiconque à part un athée ou un ignorant obstiné. Leur but est d'attribuer la dignité à Allah et de L'élever au-dessus de tout ce
qui est inférieur et bas, de Le caractériser par l'Exaltation et la Grandeur, sans lui attribuer un endroit ou une direction particulière car ce sont des
caractéristiques des corps physiques. (Al-Jami li ahkam al-Qur'an. 20 vols. Le Caire 1387/1967. Edition (20 vols en 10).
Beyrouth : Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 18.216).
A cet article, un hadith, rapporté par Malik dans son
Muwatta,et par Muslim dans son Sahih, dit que Mu'awiya ibn al-Hakam est venu dire au Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - : « Je
sors à peine de la jahiliyya, et maintenant Allah m'a amené à l'Islam, » puis il lui posa diverses questions sur des pratiques de la jahiliyya, jusqu'à ce qu'il dise qu'il avait giflé sa
jeune esclave, et demanda s'il devait la libérer, ce qui était obligatoire si elle était croyante. Le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - demanda qu'on la lui amène,
et lui demanda : « Où est Allah ? » et elle
répondit « Dans le ciel (Fi al-sama) » ; après quoi il demanda : «
Qui suis-je ? » et elle dit : « Tu es le Messager d'Allah » ; et il dit : « Libérez la, car c'est une croyante » (Sahih Muslim, 5
vols. Le Caire, 1376/1956. Edition. Beyrouth : Dar al-Fikr, 1403/1983, 1.382: 538)
L'Imam al-Nawawi dit de ce hadith : Ceci est l'un des « hadiths des attributs » à propos duquel les savants ont deux positions:
- La première est d'avoir foi
en ce hadith sans en discuter le sens, tout en sachant à propos d'Allah que : 11.Il n'y a rien qui Lui ressemble. "... laysa kamithlihi chay-oun
..."
(Sourate 42, v 11) et qu'Il transcende les attributs de n'importe laquelle de Ses
créatures.
- La seconde est de
l'expliquer au sens figuré d'une façon appropriée, les savants qui soutiennent cette position avancent que le but du hadith était de tester la jeune esclave : était-elle une monothéiste qui
affirme que le Créateur, Celui qui Dispose, Celui qui Fait, est Allah seul et que c'est Lui qui est invoqué quand une personne adresse sa demande (du'a) en se tournant vers le ciel - de la même
façon que celui fait la prière (salat) se dirige vers la Kaaba, car le ciel est la qibla des suppliants comme la Kaaba est la qibla des prieurs - ou était-elle une adoratrice des idoles qu'ils
plaçaient devant eux ? Ainsi, lorsqu'elle a dit « dans le ciel », il était clair qu'elle n'était pas une adoratrice des idoles. (Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi. 18 vols. Le Caire 1349/1930. Edition (18 vols. en 9). Beyrouth : Dar al-Fikr, 1401/1981,
5.24).
Il est bon de noter que l'imam
al-Nawawi ne mentionne absolument pas la compréhension littérale du hadith comme une position doctrinale acceptable.
Ceci provoque la surprise
aujourd'hui parmi certains musulmans, qui s'imaginent que ce qui est en jeu est le principe d'accepter un hadith unique rigoureusement authentique (sahih) comme preuve en dogme islamique
('aqida), car ce hadith est l'un de ces hadiths dit « unique », qu'on appelle en arabe ahad, « rapporté par une seule chaîne de transmission », par opposition au (hadith) mutawatir ou « rapporté
par tant de chaînes de transmissions qu'il est impossible qu'il ait été inventé ». Pourtant ce n'est pas ce qui est en jeu, car les hadiths de ce type ne sont considérés acceptables par les
savants traditionnels en 'aqida Islamique que s'ils remplissent une condition : que l'article de foi mentionné dans le hadith soit salimun min al-mu'arada, qu'il y ait « absence de preuves
conflictuelles ».
Cette condition n'est pas remplie par ce hadith
particulier pour plusieurs raisons.
Premièrement, l'histoire décrite dans le hadith nous est
parvenue sous plusieurs autres versions bien authentifiées qui diffèrent largement de la version « où est Allah ? - Dans le ciel ». L'une d'entre elles
est rapportée par Ibn Hibban dans son Sahih avec une chaîne de transmission bien authentifiée (hasan), dans laquelle le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - a demandé
à la jeune esclave : « Qui est ton Seigneur ? » à quoi elle répondit : «
Allah », puis il reprit : « Et qui suis-je ? » à quoi elle répondit : « Tu es le Messager d'Allah », après quoi il déclara : « Libérez-là car c'est une croyante ». (Al-Ihsan fi taqrib Sahih Ibn Hibban, 18 vols. Beyrouth : Muassasa
al-Risala, 1408/1988, 1.419: 189).
Dans une autre version, rapportée par Abd al-Razzaq avec
une chaîne de transmission rigoureusement authentique (sahih), le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - lui a demandé : « Témoignes-tu qu'il n'y a pas d'autre divinité qu'Allah ? » et elle répondit que oui. Il lui demanda : «
Témoignes-tu que je suis le messager d'Allah ? » et elle acquiesça une
nouvelle fois. Il dit alors « Libérez-la ! » (Al-Musannaf, 11 vols. Beyrouth : al-Majlis al-Ilmi, 1390/1970, 9.175: 16814).
Dans d'autres versions, la jeune esclave ne peut pas
parler, mais juste pointer le ciel en guise de réponse. Ibn Hajar al-Asqalani a dit des différentes versions de ce hadith, qu' « il y a une grande contradiction dans les termes employés » (Talkhis al-habir, 4 vols. en
2. Le Caire : Maktaba al-Kulliyat al-Azhariyya, 1399/1979, 3.250).
Quand un hadith a beaucoup de versions conflictuelles,
il y a une forte probabilité qu'il n'ait été rapporté que par rapport à ce qu'un ou plusieurs des narrateurs en ont compris (riwaya bi al-ma'na), et donc l'une des versions n'est pas adéquate
pour établir un point de 'aqida.
Deuxièmement, cette dernière considération est
particulièrement applicable au sujet en question car le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - a explicitement détaillé les piliers de la foi islamique (iman) dans un
hadith rapporté dans le Sahih Muslim où il répond aux questions de l'ange Gabriel - paix sur lui -, et dit : "La foi (iman) est de croire en Allah, en Ses anges, Ses Livres, Ses Messagers, au Jour Dernier, et de croire en la destinée (qadar) qu'elle soit bonne ou
mauvaise". (Sahih Muslim, 1.37) et il n'a pas mentionné quoi que ce soit à propos de la croyance qu'Allah - Exalté
soit-Il - serait « dans le ciel ».
Si cela avait été un test décisif pour déterminer la foi
d'un musulman (comme pourrait le laisser entendre le hadith « dans le ciel »), il aurait été obligatoire que le Prophète - que la paix et la bénédiction
d'Allah soient sur lui - le mentionne dans ce hadith-ci, car son but est de définir ce qu'est la foi (al-iman).
Troisièmement, si l'on prend ce hadith comme signifiant
qu'Allah - Exalté soit-Il - est littéralement « dans le ciel », cela entre en conflit avec d'autres hadiths également sahih qui ont à priori autant le droit d'être pris littéralement ; comme le
hadith qudsi rapporté par al-Hakim dans lequel Allah - Exalté soit-Il - dit : "Je suis avec Mon
serviteur qui M'invoque et ses lèvres bougent avec Moi". (Al-Mustadrak ala al-Sahihayn. 4 vols.
Hyderabad, 1334/1916. Edition (avec index vol. 5). Beyrouth : Dar al-Marifa, n.d., 1.496), un hadith qu'al-Hakim dit rigoureusement authentique (sahih), ce qu'al-Dhahabi a
confirmé.
Ou encore le hadith rapporté par al-Nasa'i, Abu Dawud,
et Muslim, qui dit : "Le moment où le serviteur est le plus proche de son Seigneur est lors de la
prosternation". (Sahih Muslim, 1.350: 482) alors que si Allah - Exalté soit-Il - était littéralement « dans le
ciel », le moment où le serviteur serait le plus proche de Lui serait quand il se tient debout. Ou encore le hadith rapporté par al-Bukhari dans son Sahih, dans lequel le Prophète - que la paix
et la bénédiction d'Allah soient sur lui - interdit de cracher devant soi pendant la prière, parce que quand une personne prie « son Seigneur est devant
lui » (Sahih al-Bukhari, 1.112: 406).
Pour finir, dans les hadith à propos du Mi'raj ou «
Voyage Nocturne », l'ange Gabriel - paix sur lui - a fait visiter au Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - chacun des sept cieux (samawat), et il n'est mentionné
qu'Allah - Exalté soit-Il - n'ait été dans aucun d'eux.
Quatrièmement, l'interprétation littérale disant
qu'Allah - Exalté soit-Il - serait « dans le ciel » entre en contradiction avec deux fondements de la 'aqida telle qu'elle a été établie par le Qur'an. Le premier est l'attribut d'Allah «
mukhalafa li al-hawadith », ou « non-ressemblance aux créatures en quelque façon que ce soit », comme Allah - Exalté
soit-Il - le déclare dans la sourate al-Shura : 11.Il n'y a rien qui Lui
ressemble. (Sourate 42, v 11) alors que s'Il était « dans le ciel » il y aurait d'innombrables choses qui Lui
ressembleraient en termes d'altitude, de position, de direction, etc. Le second fondement que cela contredirait, comme mentionné plus haut, est l'attribut de « ghina » d'Allah - Exalté soit-Il -,
ou « l'indépendance vis-à-vis de tout ce qui est créé », ce qu'Il affirme dans de nombreux versets du Qur'an.
Il est impossible qu'Allah - Exalté soit-Il - soit une
entité corporelle car les corps ont besoin d'espace et de temps, alors qu'Allah - Exalté soit-Il - n'a besoin d'absolument de rien.
Cinquièmement, l'interprétation littérale de « dans le
ciel » impliquerait que le ciel entourerait Allah - Exalté soit-Il - de tous côtés et donc qu'Allah - Exalté soit-Il - serait plus petit que lui, et que celui-ci serait plus grand qu'Allah -
Exalté soit-Il - ce qui est, bien évidement, complètement aberrant. Pour ces raisons et d'autres, les savants Musulmans se sont vus obligés d'interpréter
le précédent hadith et d'autres textes contenant des figures de style similaires au sens figuré, en conformité avec l'utilisation de la langue arabe. Considérons le verset coranique :
16.Etes-vous à l'abri que Celui qui est au ciel vous enfouisse dans la terre ? Et voici qu'elle
tremble ! "a-amintoum man fi alssama-i an yakhsifa
bikoumou al-arda fa-idha hiya tamourou
"
(Sourate 67 Al Mulk, v
16)
pour lequel nous pouvons donner les exemples de tafsir ou « exégèse coranique » suivants :
Al-Qurtubi : Les savants les plus exigeants soutiennent que [« dans le ciel »] signifie en fait : « Etes-vous à l'abri de Celui
qui est au-dessus du ciel » - de la même façon qu'Allah dit : 2.Voyagez dans la terre. fasihou fi al-ardi ...
(Sourate 9 At Tawbah, v
2) ce
qui signifie voyagez sur la terre, pas au-dessus du ciel en terme de contact physique ou de spatialisation, mais en terme de pouvoir omnipotent et de contrôle sur
lui.
Une autre position est de
dire que cela signifie : « Etes-vous à l'abri de celui [qui est] sur ('ala) le ciel » de la même façon que l'on dit, « untel
[règne] sur l'Iraq et sur le Hijaz », ce qui signifie qu'il en est le gouverneur et le commandant. (Al-Jami li ahkam al-Qur'an, 18.216).
Al-Shirbini al-Khatib :
Il y a différents aspects quant à l'interprétation de « Celui qui est dans le ciel », l'un d'eux est que cela
signifierait : « Celui dont le royaume est dans le ciel », car c'est le lieu de résidence des anges, et c'est là que se trouvent Son Trône, Son
Kursi et la Table Gardée ; et de là descendent Ses Décrets, Ses Livres, Ses commandements et Ses interdictions.
Une seconde interprétation
possible est que « Celui qui est dans le ciel » ommette la première partie d'une construction ascriptive (idafa), en d'autre termes : « Etes vous à l'abri du Créateur de ceux qui sont dans le
ciel » ce qui signifierait les anges qui résident au ciel, car ils sont ceux à qui il est commandé de dispenser la Miséricorde ou la Vengeance
Divine. (al-Siraj al-Munir. 4 vols. Bulaq 1285/1886. Edition. Beyrouth : Dar al-Marifa, n.d.,
4.344).
Fakhr al-Din al-Razi : « Celui qui est dans le ciel » pourrait faire référence à l'ange qui est chargé d'infliger les châtiments
divins ; lequel est Gabriel ; les mots « vous enfouisse dans la terre » signifiant : « par le commandement d'Allah et avec Sa permission
» (Tafsir al-Fakhr al-Razi. 32 vols. Beyrouth 1401/1981. Edition (32 vols. en 16). Beyrouth : Dar al-Fikr,
1405/1985, 30.70).
Abu Hayyan al-Nahwi : Ou le contexte de ces mots pourrait suivre les convictions de ceux à qui ils sont adressés [les
mécréants], car ils sont anthropomorphistes. Donc la signification serait : « Etes-vous à l'abri de Celui que vous prétendez être dans le ciel - alors qu'Il est
exalté au-dessus de tout lieu - ? » (Tafsir al-nahr al-madd min al-Bahr al-muhit. 2 vols. en 3. Beyrouth : Dar
al-Janan and Muassasa al-Kutub al-Thaqafiyya, 1407/1987, 2.1132).
Qadi Iyad : Il n'y a pas de désaccord parmi les musulmans, du premier jusqu'au dernier - leurs savants de la jurisprudence, leurs savants du hadith,
leurs savants en théologie, à la fois ceux capables d'un effort de déduction scientifique et ceux qui suivent la doctrine d'un autre, que les preuves scripturaires qui mentionnent qu'Allah serait
« dans le ciel », comme Ses mots : « Etes-vous à l'abri que Celui qui est au ciel vous enfouisse en la terre » et d'autres, ne sont pas tels que leur sens littéral (dhahir) semble signifier, mais
plutôt, tous les savants les interprètent autrement que dans leur sens apparent. (Sahih Muslim bi Sharh
al-Nawawi, 5.24).
Prenons maintenant un dernier exemple, le hadith
rapporté par Muslim où le Prophète - que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui - a dit : "Votre Seigneur Béni et Exalté descend chaque nuit jusqu'au ciel de ce monde, au moment du dernier tiers de la nuit, et dit : «Qui M'invoque pour que Je lui
réponde ? Qui Me demande pour que Je l'exauce ? Qui cherche Mon pardon pour que Je le lui accorde ? » (Sahih Muslim,
1.521: 758).
Ce hadith, si on prend le temps d'y réfléchir, ne traite
pas de 'aqida, mais il s'agit plutôt d'établir un point pratique, à savoir que nous sommes supposés faire un acte particulier dans le dernier tiers de la nuit : se lever et
prier. C'est pourquoi quand l'Imam al-Nawawi a donné les noms actuels aux titres du Sahih Muslim, ce hadith a été placé sous le chapitre : « Incitation au désir de faire des supplications (du'as) et de se rappeler Allah (Dhikr) dans le dernier tiers de la nuit, et la réponse qui
s'ensuit ». Quant à la signification de « descend » dans le hadith, al-Nawawi explique : C'est un des « hadiths des Attributs », et il y a deux positions à ce sujet, comme il a été
susmentionné dans le « Livre de la Foi (iman) ».
Pour résumer, la
première position, qui est la doctrine de la majorité des premiers musulmans et de certains théologiens, est que l'on devrait croire en la véracité de ce hadith d'une manière convenable
vis-à-vis d'Allah, tandis que son sens littéral, tel que nous le connaissons et tel qu'il s'applique à nous, n'est pas le sens
voulu, tout en ne discutant pas du sens figuré non plus, bien que nous croyons qu'Allah transcende toute similitude aux choses créées, comme le changement de
position, le mouvement, ou tout autre attribut des choses créées.
La seconde position, qui est celle de la plupart des
théologiens, de groupes entiers parmi les premiers musulmans (salaf), et qui est rapportée de Malik et al-Awza'i, est que de tels hadiths doivent être interprétés au sens figuré d'une manière
appropriée en les prenant dans leur contexte.
Selon cette école de pensée, on interprète ce hadith de
deux façons. La première est celle de Malik ibn Anas et d'autres, qui est de dire que cela [« [color=#008000]votre Seigneur descend [/color]»]
signifie que « Sa Miséricorde, Ses Ordres, et Ses anges descendent, » de la
même façon que l'on dit « le sultan a fait ceci ou cela » alors que ce sont ses serviteurs qui ont fait ces choses en suivant ses ordres. La seconde est de dire qu'il s'agit d'une métaphore
montrant l'intérêt [d'Allah] pour ceux qui font des supplications, en leur répondant et en faisant preuve de bonté envers eux. (Sahih
Muslim bi Sharh al-Nawawi, 6.3637).
Le savant du hadith Ali al-Qari dit de ce hadith sur la
« descente » d'Allah - Exalté soit-Il - : Nous savons que Malik et al-Awza'i, qui sont parmi les meilleurs des premiers
musulmans, ont tous deux donné une interprétation métaphorique détaillée à ce hadith.
Un autre d'entre eux était Ja'far al-Sadiq. Il est vrai que bon nombre d'entre eux [les premiers musulmans], ainsi que des savants ultérieurs, ont dit que
quiconque croit qu'Allah est dans une direction physique précise est un mécréant, comme l'affirme explicitement al-Iraqi, en disant que c'était la position de Abu Hanifa, Malik, al-Shafi'i,
al-Ash'ari et al-Baqillani. (Mirqat al-mafatih: sharh Mishkat al-masabih. 5 vols. Le Caire 1309/1892. Edition.
Beyrouth : Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 2.137).
Il est bon de rappeler qu' al-Iraqi était un Hafiz ou « maître
en hadith », quelqu'un qui connaissait plus de 100 000 hadiths par coeur ; quant à Ali al-Qari, il était une autorité du hadith qui a produit des ouvrages de référence qui sont encore utilisés
aujourd'hui pour les hadiths inventés. En d'autres termes, chacun d'eux avait les plus hautes autorisations pour vérifier les chaînes de transmissions des avis qu'ils rapportent. Pour cette
raison, leur transmission de l'avis selon lequel est mécréant celui qui assigne une direction à Allah pèse lourd sur la balance. Mais peut-être est-il
préférable aujourd'hui de dire que les musulmans qui croient que Allah - Exalté soit-Il - est, d'une certaine façon, « là-haut » ne sont pas des mécréants.
En effet ils ont la shubha ou la « circonstance
atténuante » que de nos jours certains partis fortunés soutiennent agressivement la
bid'a de l'anthropomorphisme.
Cette bid'a était, dans les siècles précédents, confinée
à une poignée de Hanbalites, qui ont été repoussés avec force par les ulémas de Ahl al-Sunna comme Abd al-Rahman Ibn al-Jawzi (m. 597/1201) qui s'est adressé à ses pairs Hanbalites dans son Daf
shubah al-tashbih bi akaff al-tanzih [[u]réfutation des insinuations d'anthropomorphisme à la vue de la transcendance Divine[/u]] en ces termes : Si vous aviez dit: « Nous ne faisons que lire ces hadiths et nous restons silencieux », personne ne vous aurait condamnés. Ce qui est honteux c'est que vous les interprétiez littéralement. N'introduisez pas subrepticement dans le madhhab de cet homme droit parmi les premiers musulmans
[Ahmad ibn Hanbal] ce qui n'en fait pas partie. Vous avez revêtu ce madhhab d'une disgrâce honteuse, à tel point qu'on ne peut presque plus dire Hanbalite sans dire anthropomorphiste. (Daf shubah al-tashbih bi akaff al-tanzih. Le Caire n.d. Edition Le Caire : al-Maktaba al-Tawfiqiyya, 1396/1976, 2829).
Ces croyances ont apparemment survécu pendant des
siècles dans le Khorasan, l'Afghanistan et ailleurs en Orient, car l'Imam al-Kawthari note que le Hanbalite Ibn Taymiyya (m. 728/1328) a rassemblé les détails les concernant depuis des manuscrits
sur les obédiences (nihal) quand les bibliothèques des savants entrèrent à Damas en même temps que les caravanes fuyant les mongoles venant de l'Est. Il les a lu sans avoir un professeur
perspicace pour le guider, et a cru en ce qu'il en avait compris, et s'en est fait l'avocat dans ses propres ouvrages. (al-Kawthari,
al-Sayf al-saqil fi al-radd ala Ibn Zafil. Le Caire 1356/ 1937. Edition. Le Caire : Maktaba al-Zahran, n.d. 56).
Il fut emprisonné de nombreuses fois pour ces idées
avant sa mort, car les oulémas de Damas l'accusaient d'anthropomorphisme. (al-Asqalani, al-Durar al-kamina fi ayan al-mia al-thamina. 4
vols. Hyderabad 134950/193031. Edition. Beyrouth : Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 1.155).
Des écrits ont été signés par Abu Hayyan al-Nahwi
(m.745/1344), Taqi al-Din al-Subki (m.756/1355), Badr al-Din Ibn Jama'a (m.733/1333), al-Amir al-Sanani, l'auteur de Subul al-salam (m.1182/1768), Taqi al-Din al-Hisni, l'auteur de Kifayat
al-akhyar, (d.829/1426), et Ibn Hajar al-Haytami (d.974/1567) en réfutation de sa 'aqida, et elle est restée non acceptée par les
musulmans pendant encore quatre cents ans jusqu'au mouvement Wahhabite du dix huitième siècle, lequel suivait
Ibn Taymiyya sur certains points de 'aqida, et l'a déclaré son « Cheikh de l'Islam ». Mais ce ne sera pas avant l'arrivée de l'imprimerie dans le monde arabe que les livres d'Ibn Taymiyya (et les
dogmes de ce groupe) ont vraiment vu la lumière du jour, quand un riche marchand de Jedda commissionna l'impression de son * al-Sunna et d'autres de ses ouvrages sur la 'aqida en Egypte à
la fin du siècle dernier, ressuscité cette fois sous le nom de Salafisme ou « retour à l'Islam des débuts
». Ils ont de là été exportés aux quatre coins du monde islamique, propulsés par le financement généreux d'un ou deux
pays musulmans modernes, dont les efforts ont rempli les mosquées de livres, de pamphlets, et de jeunes gens qui répandent ces idées et même les attribuent (grâce aux chaînes de transmissions
douteuses d'Ibn Taymiyya) aux Imams des premiers temps de l'Islam.
Mon avis concernant la question de considérer ces musulmans
croyants ou mécréants, est que tout cet argent peut financer l'influence et la propagande qui transforment le jour en nuit et la nuit en jour ; ainsi, les musulmans contemporains peuvent-ils
probablement être excusés de ce genre d'idées, du moins jusqu'à ce qu'ils aient eu la chance d'apprendre que le Dieu de l'Islam est par Sa transcendance bien au-dessus d'être un immense homme, et
que, de la même façon, Sa transcendance Le place au-dessus d'être sujet au temps ou à l'espace, qui ne sont que deux de Ses créatures.
Pour résumer ce qui a été répondu à la question
ci-dessus : Les savants prennent les textes fondamentaux du Qur'an et de la sunna littéralement sauf s'il y'a une raison pertinente de ne pas le faire. Dans le cas de la « descente » d'Allah -
Exalté soit-Il - ou du fait qu'il serait « dans le ciel », il y a de nombreuses raisons de ce type :
Premièrement, une interprétation littérale de ces textes
les rendrait incompatibles entre eux, ainsi qu'avec les nombreux textes rigoureusement authentiques disant qu'Allah - Exalté soit-Il - est « avec » Son serviteur quand il fait du dhikr,
16.plus proche de vous que votre veine
jugulaire. "walaqad khalaqna
al-insana wana^lamou ma touwaswisou bihi nafsouhou wanahnou aqrabou ilayhi min habli alwaridi "
(Sourate 50 Qaf, v 16), « devant lui » quand il prie, « le plus proche » de lui quand il est prosterné, « dans le ciel » quand on
a interrogé la jeune esclave, « avec vous où que vous soyez » [58:4], etc.
Ils sont incompatibles entre eux
quand on les prend littéralement, et ne deviennent concordants que si on les prend au sens figuré, comme Malik, al-Awza'i, et al-Nawawi l'ont fait plus haut.
Deuxièmement, le Prophète - que la paix et la
bénédiction d'Allah soient sur lui - a détaillé les points auxquels doivent croire tous les musulmans dans le hadith de Gabriel dans le Sahih Muslim et dans d'autres, et il n'a mentionné le
croyance qu'Allah - Exalté soit-Il - soit « dans le ciel » (ou dans un quelconque autre endroit) dans aucun d'eux.
Troisièmement, le fait qu'Allah - Exalté soit-Il -,
comme les oiseaux, les nuages etc. soit « dans le ciel » dans un sens littéral entre en contradiction avec la 'aqida du Qur'an que : 11.Il n'y a rien qui Lui ressemble. (Sourate 42, v
11)
Quatrièmement, la
notion qu'Allah soit dans un endroit précis entre en contradiction avec la 'aqida exprimée dans dix-sept versets du Qur'an : qu'Allah - Exalté soit-Il - est indépendant de tout besoin, alors que
les choses qui occupent un endroit ont besoin à la fois d'espace et de temps. Ces raisons ne sont pas exhaustives, mais entendent répondre à votre question en mettant en lumière la 'aqida et les
principes des ulémas traditionnels dans l'interprétation du genre de textes dont nous parlons. Elles montrent tout simplement à quel point la croyance qu'Allah -
Exalté soit-Il - est dans le ciel dans un sens littéral est éloignée de l'islam traditionnel, et pourquoi il n'est pas admissible qu'un musulman le
pense.
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