Réponse à l'équivoque relatif à l'héritage de la femme
Publié le 11 Juillet 2009
Réponse à l'équivoque relatif à
l'héritage de la femme
dimanche 5 janvier 2003
Question
Notre Cheikh bien-aimé, que la paix soit sur vous ainsi que la miséricorde de Dieu.Beaucoup de gens
diffament la législation islamique (Sharî`ah) car elle octroie à l'homme la part de deux femmes au niveau de l'héritage. Comment répondre à ces calomniateurs ? Existe-t-il des situations où la
femme hérite d'une part égale à celle de l'homme ?
Réponse du Professeur, Dr Muhammad Sa`îd Ramadân Al-Bûtî
Cette polémique traditionnelle qui dure depuis bien longtemps au sujet de l'héritage de la femme est
suscitée par le décret suivant : « au mâle revient une part équivalente à celle de deux femelles » [1]. Cette règle est en fait un fragment
du verset coranique suivant : « Voici ce que Dieu vous enjoint au sujet de vos enfants : au mâle revient une part équivalente à celle de deux
femelles. » [1].
Ainsi, ce verset établit une loi concernant exclusivement l'héritage des enfants. Les autres héritiers,
hommes et femmes, ont leurs lois spécifiques. En général, la part de ces héritiers ne dépend pas du sexe. Il peut même arriver que la part de la femme devienne supérieure à celle de l'homme. Je
vous présente ci-dessous quelques situations où la part de la femme est égale voire supérieure à celle de l'homme.
Premièrement, si le défunt laisse des enfants, un père et une mère, alors le père comme la mère
prennent chacun le sixième de l'héritage, sans différence de sexe entre les deux et sans prendre en considération la règle « au mâle revient une part équivalente à celle de deux femelles »
[1]. Ces deux parts sont explicitement mentionnées dans le Coran : «
Quant aux père et mère du défunt, à chacun d'eux
revient le sixième de ce qu'il laisse » [1].
Deuxièmement, si le défunt laisse un frère et une soeur utérins et qu'ils ne sont exclus par aucun
héritier de prime ordre [2], alors le frère comme la soeur prennent le sixième de l'héritage, sans différence de sexe entre les deux et sans prendre en considération la règle « au mâle
revient une part équivalente à celle de deux femelles » [1]. Ces deux parts sont explicitement mentionnées
dans le Coran : « cependant qu'il laisse un frère ou une soeur, à chacun de ceux-ci revient alors un sixième » [3].
Troisièmement, si le défunt laisse un nombre de frères utérins supérieur à deux et un nombre de soeurs
supérieur à deux, alors les frères se partagent le tiers de l'héritage et les soeurs se partagent le tiers de l'héritage également, sans différence de sexe entre les deux groupes, et sans prendre
en considération la règle
« au mâle revient une part équivalente à celle de deux femelles » [1].
Quatrièmement, si la défunte laisse un époux et une fille, alors la fille prend la moitié de l'héritage
et l'époux ne prend que le quart. C'est-à-dire que la femme, dans ce cas, hérite du double de l'homme.
Cinquièmement, si le défunt laisse une épouse, deux filles et un frère, alors l'épouse prend le
huitième de l'héritage, les deux filles se partagent les deux tiers et le reste revient à leur oncle qui est le frère du défunt. Ainsi chacune des deux filles hérite plus que son oncle. En effet,
la part de chacune d'elles équivaut aux huit vingt-quatrièmes de l'héritage alors que leur oncle ne prend que cinq vingt-quatrièmes.
Ainsi, il devient manifeste que la règle « au mâle revient une part équivalente à celle de deux femelles » [1]
n'est pas une règle permanente qui s'applique à chaque fois qu'un homme et une femme se réunissent autour d'un héritage comme le prétendent beaucoup de gens. Cette règle concerne uniquement la
situation mentionnée par Dieu, à savoir celle où un frère et sa soeur (frère et soeur germains du défunt) se réunissent autour d'un héritage sans qu'aucun deux ne détienne une part explicitement
déterminée par le Coran [4]. Dans ce cas, le frère prend le double de sa soeur, et ce, qu'ils soient tous deux les enfants du défunt ou bien ses frères. Cette particularité comporte une sagesse
infinie pour réaliser la justice entre le frère et la soeur dont les parts n'ont pas été explicitement fixées par le Coran.
Et Dieu est le plus Savant.
P.-S.
Traduit de la Banque de Fatâwâ du site Islamonline.net.
Notes
[1] Sourate 4 intitulée les Femmes, An-Nisâ', verset 11.
[2] Dans le code successoral, les héritiers sont classés selon leur ordre de proximité avec le défunt. L'existence d'un héritier de premier
ordre exclut les héritiers des ordres suivants de la répartition de la succession. En arabe, ce mécanisme s'appelle al-hajb i.e. l'exclusion ou le masquage.
[3] Sourate 4 intitulée les Femmes, An-Nisâ', verset 12.
[4] Dans le code successoral islamique, certains héritiers héritent qu'une part déterminée (le quart, le sixième etc. ; on parle de farîdah
dans la terminologie arabe) tandis que les autres héritiers se partagent le reste.